Les salariés de La Redoute défilent à Paris et repartent sans garanties sur leur avenir

Jeudi 21 novembre 2013, par lohann // La Redoute

Plusieurs centaines de salariés de La Redoute ont défilé jeudi à Paris jusqu’au siège de leur maison mère Kering mais sont repartis dans le Nord sans avoir obtenu de garanties sur leur avenir dans le cadre la cession prévue du vépéciste de la part de la direction.

Craignant la suppression d’au moins 700 emplois dans le cadre ce cette cession, environ 400 salariés des sites de Roubaix et Wattrelos, dans le Nord, avaient fait le déplacement en car, à l’appel de l’intersyndicale CGT-CFDT-SUD-CFE/CGC. Ils étaient 1.200 à Lille le 7 novembre.

L’intersyndicale espérait rencontrer le PDG de Kering (Gucci, Puma, Balenciaga, Saint Laurent, Boucheron...) François-Henri Pinault. Toutefois, la direction a fait savoir qu’il était en déplacement à l’étranger.

Une délégation a été finalement reçue dans l’après-midi par le directeur financier et la directrice des ressources humaines.

« On n’a vraiment aucune garantie », a indiqué à l’AFP Fabrice Peeters (CGT), à l’issue de la rencontre.

« On repart avec encore plus de questions », a-t-il ajouté. « Ils nous ont dit que c’était compliqué de faire accepter des garanties au repreneur. C’est du discours, ils doivent passer aux actes, les salariés attendent », a relaté Jean-Claude Blanquart (CFDT).

Celui-ci a préparé jeudi les troupes à un long combat : « Il va falloir beaucoup de manifestations », leur a-t-il dit.

De son côté, la direction a assuré que « Kering entendait assumer pleinement sa responsabilité sociale vis-à-vis de La Redoute ».

Arrivés place de Clichy à Paris à la mi-journée, le cortège s’est élancé vers le siège de Kering, un élégant immeuble situé avenue Hoche (VIIIe arrondissement), au son des sifflets et des slogans : « zéro, zéro sur le carreau », « Dix ans de garantie » ou encore « Pinault, voyou, La Redoute est à nous ».

« Quand Pinault (François, père de François-Henri, ndlr) nous a rachetés, La Redoute était un fleuron. Qu’est ce qu’il a fait pendant 20 ans sinon siphonner l’argent des caisses de La Redoute pour se développer dans le luxe », a déclaré à l’AFP Fabrice Peeters (CGT).

Les salariés « demandent zéro licenciement subi », a-t-il ajouté, estimant que le groupe avait les moyens de payer des pré-retraites et d’apporter des garanties de salaires à ceux qui restent ».

A l’instar de Malika Mejdoub, depuis 22 ans dans la société, les salariés ne cachaient pas leur inquiétude. Son avenir, la préparatrice de colis le voit « mal ».

Beaucoup ont la cinquantaine : « Lorsque vous êtes licenciés à cet âge-là dans le bassin de Roubaix, c’est impossible de retrouver du travail », explique Alain Dieudonné (CFE-CGC).

La Redoute, « c’était comme une deuxième famille. On avait une famille, et on avait La Redoute », confie Patricia Leveugle, 57 ans. Après 40 ans dans l’entreprise, où elle a gravi les échelons, elle a le sentiment de « ne plus rien valoir ».

Les salariés du Nord ont été rejoints par ceux du théâtre Marigny, appartenant à Artémis, la holding de la famille Pinault qui contrôle Kering et où un plan social est engagé. Le visage couvert d’un masque blanc, ils étaient une dizaine à se dire « abandonnés ».

En juin, certains salariés du théâtre situé sur les Champs-Elysées se sont vu proposer « un reclassement à La Redoute ou encore d’aller faire les vendanges dans les châteaux de Pinault », selon Brigitte Robert, chef habilleuse depuis 36 ans.

Dans le cortège défilaient également des salariés de la société Relais Colis, eux aussi inquiets.

Mardi, une réunion à Roubaix entre syndicats et direction n’a pas adouci les ardeurs des représentants des salariés de La Redoute.

Il s’agissait pour Kering de poursuivre les discussions sur les mesures sociales dans le cadre de la modernisation de la société de vente par correspondance et de la cession en cours, ainsi que sur les garanties d’accompagnement et de reclassement.

Lors de cette réunion, il a été annoncé aux syndicats qu’un troisième repreneur intéressé s’était fait connaître tardivement, mais dont le nom devrait être connu avant la fin de l’année.

La Redoute a déjà connu plusieurs restructurations : de plus de 5.000 salariés au milieu des années 2000, la société n’en compte plus aujourd’hui que 2.400 à 2.600 en France, selon les sources, et environ 900 à l’étranger.

Le 21 Novembre 2013 - Libération

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