Les salariés de Calaire ont quitté leur usine, désormais gérée par Synthexim

Jeudi 14 novembre 2013, par lohann // Calaire Chimie

L’expulsion des salariés de Calaire a pris effet ce jeudi, en début d’après-midi, après plus de trois semaines d’occupation. Tandis que les lettres de licenciement ont été reçues par 111 d’entre eux, ils promettent de continuer le combat sous d’autres formes.

13 h 40, jeudi. L’entrée de Calaire chimie est bloquée. Un amas de ferraille et de bois se consume, dégageant une épaisse fumée noire. Une pompe à incendie débite des litres et des litres d’eau. Du rideau de fumée et d’eau se détachent soudain des silhouettes. Il est 13 h 40 et les salariés de Calaire quittent leur usine. Définitivement. Tout juste quatre heures plus tôt, un huissier de justice était venu sur place leur signifier une « sommation de déguerpir », en application de la décision de justice rendue la veille au soir par le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer. Une fois sortis et regroupés sur la chaussée du quai d’Amérique, les salariés se rendent compte que c’est fini. Des yeux rougissent, des larmes coulent. Certains crient, d’autres s’étreignent. L’un d’entre eux nous interpelle : « Regardez et écrivez-le : les ouvriers et agents de maîtrise de Calaire sont sortis de leur usine dignement, avec fierté, la tête haute. » Patrick Salingue, délégué syndical, prend la parole : « Jusqu’au bout nous avons fait preuve de responsabilité, nous appliquons une décision de justice. Le combat sur le site est terminé, mais il va continuer sous d’autres formes. Nous sommes expulsés de notre usine, mais pas de la ville de Calais. Nous pouvons mener des opérations coup de poing, jusqu’à ce que l’’État prenne ses responsabilités. » L’État honni, cible principale de la colère des Calaire, « l’État voyou » pour reprendre l’expression de Patrick Salingue, l’État « qui nous laisse tomber ».

Après un rapide conciliabule, les salariés décident de se rendre à la sous-préfecture. Une délégation de six personnes y rencontre rapidement le secrétaire général. « Nous lui avons réitéré les demandes que nous avons formulées aux cabinets des ministres la semaine dernière, raconte Patrick Salingue, concernant les conditions financières du PSE. Car aujourd’hui, nous n’avons toujours aucune réponse. » Un nouveau rendez-vous est prévu avec le sous-préfet (absent jeudi) dans la journée de vendredi.

15 h 40, ce jeudi. Les salariés de Calaire quittent les abords de la sous-préfecture et, pour la plupart, rentrent chez eux où les attend leur lettre de licenciement. À la même heure, quai d’Amérique, des pelleteuses sont déjà à l’ouvrage pour nettoyer les traces de l’occupation du site. Désormais, c’est la société Synthexim et les 80 salariés qu’elle a promis de reprendre, qui veillent aux destinées de Calaire.

« Le conflit s’exprimera autrement »

Le chassé-croisé a eu lieu en fin de matinée, ce jeudi. David Simonnet, président d’Axyntis achève la visite du site dont il est désormais propriétaire. Tandis qu’il répond aux journalistes présents, les salariés de Calaire, qui savent qu’ils doivent quitter l’entreprise dans deux heures, s’approchent. Quelques mots aigres sont lancés. David Simonnet s’efface et laisse la place à Virginie Quenez, avocat des salariés : « Les salariés ont été abandonnés par l’État, par l’État socialiste, qui a homologué la cession à Axyntis, l’État qui estime suffisant un PSE de 1,4 million d’euros pour 111 salariés. Je rappelle que le PSE précédent, en 2010, s’élevait à 5,5 millions d’euros pour 50 licenciés. »

« Le conflit sur le site s’achève aujourd’hui, il se poursuivra autrement », embraye Patrick Salingue, délégué syndical (CGT). Devant la justice, d’abord, puisqu’outre l’appel déjà interjeté contre le plan de cession, deux procédures vont être lancées, l’une devant les prud’hommes contre les modalités du PSE (plan de sauvegarde de l’emploi), l’autre devant la justice administrative contre son homologation par l’État (via la DIRECCTE). « Nous allons également alerter les riverains, ainsi qu’un parti politique qui ne s’est pas encore manifesté, celui des Verts, poursuit Patrick Salingue. Car je soutiens que vouloir exploiter un site SEVESO avec seulement 80 personnes, ce n’est pas possible. Il va falloir que Synthexim dévoile son organisation au préfet de Région et on verra si celui-ci délivrera une autorisation d’exploitation. »

Synthexim, justement, a pris possession du site, jeudi. « La journée a forcément été particulière, et difficile pour les salariés qui ont dû quitter le site au moment où on en prend possession, indiquait hier soir David Simonnet. Il y a eu des dégradations, notamment sur le système informatique. Mais l’outil industriel a été respecté. Je tiens à saluer le sens des responsabilités des salariés de Calaire qui ne sont pas repris. Leur colère était tout à fait légitime. Mais il n’était plus possible de freiner l’entrée en possession de l’usine. Chaque journée qui passe devenait très préjudiciable à la reprise, certains clients ont déjà trouvé une alternative à Calaire. » La nouvelle organisation du site sera étudiée lundi – « nous serons à l’écoute des salariés repris ». L’incinérateur reprendra en début de semaine, la chimie fine à la fin du mois. « L’objectif à long terme est toujours de recréer de l’emploi, vingt postes fin 2014 », conclut David Simonnet.

Le 14 Novembre 2013 - La Voix du Nord

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