La Redoute : 1300 manifestants à Lille, une mobilisation qui s’amplifie

Jeudi 7 novembre 2013, par lohann // La Redoute

Presque 1300 personnes battant le pavé humide de Lille : jamais une manifestation des salariés de La Redoute n’avait rassemblé aussi largement. « Même lors du plan social de 2008, on n’avait pas eu autant de monde. C’est un grand succès qui rassemble toutes les catégories de personnel. » Après deux premières actions, à Roubaix, puis Marcq-en-Barœul, défiler dans la capitale régionale était un symbole fort, une façon de montrer à la direction de Kering la détermination des salariés de l’entreprise, bientôt cédée, de défendre leurs emplois.

Dans les rangs de la manifestation, elle était parmi les plus jeunes à donner de la voix. Clotilde a 27 ans, 3 passés à La Redoute, « et j’espère quelques années encore dans cette entreprise qui est un peu ma famille ». Mais la jeune femme ne se fait guère d’illusions. Si 700 de ses collègues doivent perdre leur emploi, elle aussi risque sa place. Alors ce jeudi, elle a crié les slogans, battu le pavé détrempé de la gare de Lille Flandres à la Grand-Place. Son boulot, c’est « concepteur acheteur » : elle valide les matières, les impressions des articles conçus par les stylistes de La Redoute, depuis la création jusqu’à la livraison. Elle fait battre le cœur de cette marque et du capital de confiance qu’elle revendique. Ce jeudi, ce cœur battait dehors. Et dans la bouche de Clotilde, les mots d’ordre répétés comme une litanie : zéro licenciements, des garanties. « Je suis contente qu’on se soit tous rassemblés pour limiter la casse. »

Une forte mobilisation

Quatorze bus avaient été affrétés depuis Wattrelos et Roubaix pour permettre aux salariés de se rendre à la manifestation. Sur les quelque 1300 personnes rassemblées derrière les banderoles et les drapeaux syndicaux, essentiellement des salariés de La Redoute, ouvriers ou cadres, actifs ou retraités, quelques employés d’autres entreprises de vente à distance et une poignée d’élus. Ils n’étaient pas en première ligne. « Nous voulons bien de leur soutien à condition qu’ils adhèrent à nos revendications », avaient expliqué les syndicats. Ils étaient discrets mais présents. De tous bords : du PC à l’UMP roubaisienne, en passant évidemment par les élus socialistes les premiers concernés, Dominique Baert pour Wattrelos, Pierre Dubois pour Roubaix. Celui-ci, « frappé par la forte mobilisation », ira en témoigner le 12 novembre devant François-Henri Pinault, au côté de Martine Aubry et d’autres élus de la métropole. « Je conteste fondamentalement la méthode, le plan social lui-même et l’absence de plan industriel. Je lui dirai très nettement notre colère », dit-il, prévoyant la poursuite du « rapport de force car ce qu‘ils font est révoltant, scandaleux. Avec 1,3 milliard de bénéfices, 60 % en dividendes, il est capable de garantir qu’il n’y ait pas de licenciements. »

Dominique Baert, le maire de Wattrelos, où est implanté le site industriel, a « trouvé cette manifestation très digne. Les salariés étaient très mobilisés. Ils ont exprimé leur fierté d’être de La Redoute et leur attachement à leur entreprise. Les discours des responsables syndicaux ont marqué la volonté que La Redoute vive. Je pense qu’il y aura d’autres manifestations. C’était un appel à la responsabilité de l’actionnaire que Pinault doit entendre. »

Des garanties

« Zéro licenciements, dix ans de garanties » : c’était l’un des slogans qui résumaient le mieux les demandes des salariés. « On nous parle de près de 700 licenciements mais nous craignons plus encore. La société est en train d’exploser », s’est inquiété Jean-Claude Blanquart, de la CFDT, face aux externalisations annoncées (la logistique, la relation clients…). Les déclarations récentes à La Voix du Nord de François Palus, le directeur général de Kering, n’ont fait que motiver davantage les salariés dont les organisations syndicales ont porté la voix jusque sur la Grand-Place. « Quand Pinault a racheté La Redoute, c’était une entreprise de 6200 salariés. Qui était en très bon état, faisait des bénéfices, livrait ses commandes dans les délais. Nous ne sommes plus que 2500. Nous avons connu 20 ans de casse sociale. Nous voulons des garanties. Il dit qu’il est prêt à laisser des centaines de millions pour le repreneur. Et pour nous ? Pas un centime ! » s’est emporté Fabrice Peeters, délégué CGT. « Il faut aucun licenciement : Pinault a les moyens de garantir tous les emplois, des préretraites, des temps partiels. La Martinoire ne serait plus aux normes ? On dit qu’il faudrait reconstruire un nouveau bâtiment mais en verra-t-on un jour la première pierre ? Il faut aussi la garantie des salaires pendant le plus d’années possible. »

Poursuivre la mobilisation

Mais les syndicats ne sont pas candides. « Pinault ne lâchera pas avec une ou deux manifestations. Il va falloir s’organiser, tenir avec des salariés qui deviennent des militants. C’est comme cela que l’on gagnera », ont ils exprimé devant les centaines de manifestants en fin de défilé. « Il faudra être tous ensemble. La lutte est en train de monter ! Nous avons l’exemple de mobilisations précédentes. Il faudra maintenir la pression pendant des semaines. C’est un combat comme cela auquel il faut s’attendre. J’ai vu des salariés qui n’ont pas fait grève depuis vingt ans dans les rangs de la manifestation », s’est félicité Jean-Christophe Leroy, délégué CGT. « Les salariés sont déterminés à se battre. Kering veut mener son plan à bout mais on va l’en empêcher », a averti Thierry Bertin de SUD. « S’il faut se mobiliser de nouveau, nous le ferons et il faudra être plus nombreux encore. » Pour les représentants du personnel, le message est clair. « Il est temps de prendre notre destin en main : amplifier le mouvement, la grève, de nouvelles actions d’envergure. » Ce que Louis Marcy, de la CFE-CGC résume bien. « Il faut se mobiliser. Ce n’est pas terminé. La Redoute devra se faire avec nous, pas sans nous. »

Les cadres de La Redoute dans le cortège

À La Redoute, sur les 2550 salariés, il y a 800 cadres et agents de maîtrise. Une catégorie de personnel que l’on n’a guère l’habitude de voir défilés. Lors des deux premières manifestations, la CFE-CGC était restée en retrait, bien que partageant le combat des autres organisations syndicales. « Mais là, c’est la fin de la grande muette », s’exclame Louis Marcy, représentant du syndicat de l’encadrement qui avait reçu de la base un mandat pour s’associer aux revendications. Un vote avait été fait parmi cette catégorie de personnel : 222 avaient donné leur aval à la mobilisation, 75 s’y opposaient.

Pour Louis Marcy, il était temps de mettre fin à ce qui passait pour une forme de passivité. « Les cadres seront concernés par la restructuration comme tout le monde », explique le représentant du syndicat qui n’avait pas été actif de cette manière depuis 2008 et le précédent plan social. « Une faible proportion de l’encadrement était descendue dans la rue. Là, la direction a dû compter les cadres parmi les grévistes. Ils se déplacent pour défendre nos emplois à tous. »

Le 7 Novembre 2013 - La Voix du Nord

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