Grève à France Télévisions : direction et syndicats divergent sur les chiffres

Jeudi 7 novembre 2013, par lohann // France Télévisions

L’appel à la grève à France Télévisions, lancé par les syndicats (CGT, CFDT, FO et SNJ) pour 24 heures à partir de mercredi 6 novembre minuit, a été suivi par 50 % à 90 % des journalistes, selon les rédactions du groupe, a indiqué le délégué du SNJ, Antoine Chuzeville. Chez les non-journalistes, ce taux serait de 35 % à 70 %.

La direction, elle, avance le chiffre global de moins de 25 % de grévistes (37 % pour les journalistes et 18,4 % pour les autres personnels), en léger repli par rapport au précédent mouvement national du 18 décembre 2012 qui n’avait, à l’époque, occasionné qu’un petit nombre de perturbations sur les antennes du groupe dans la matinée.

Un rassemblement a eu lieu, en début d’après-midi, place du Palais-Royal, non loin du ministère de la culture d’Aurélie Filippetti.

En ligne de mire : le plan de départs volontaires présenté par la direction dans un contexte de crise, entre cure d’austérité et échecs d’audience. Les chaînes de France Télévisions pourraient encore être perturbées, jeudi soir, et notamment les directs et les journaux télévisés. Ce qui signifie qu’il seront réalisés dans des conditions "dégradées" (moins de personnels, réalisation plus simple, utilisation d’un plateau bis…), mais probablement pas interrompus, sauf sur certaines antennes locales ; ce que déplore un salarié : "Si on ne gêne pas vraiment les journaux télévisés, la grève n’est pas visible."

Lors d’une dernière réunion de négociation, mercredi matin, "la direction est restée inflexible", malgré "des propositions concrètes" des syndicats, regrette FO dans un communiqué. "La dynamique de négociation est suspendue, pas rompue", a déclaré de son côté le directeur général délégué aux programmes de France Télévisions, Bruno Patino, devant l’Association des journalistes médias.

Les syndicats demandent le retrait du plan de départs volontaires présenté par la direction le 15 octobre, portant sur 361 postes non remplacés, dont 90 journalistes, dans toutes les branches du groupe. Ce plan touche dans certains cas tout un service, comme les 28 postes de la rédaction de l’Agence internationale d’images de télévision (AITV), consacrée à l’actualité africaine, et les services de sous-titrage. Jugeant que le projet organise aussi, entre autres, "l’asphyxie des services administratifs, techniques et journalistes dans les outre-mers, les régions et au siège, [les syndicats réclament] la négociation d’un projet alternatif qui permette une gestion intelligente de la pyramide des âges".

"La direction de France Télévisions ment effrontément quand elle prétend ne supprimer ’que’ 361 postes. En réalité, elle a d’ores et déjà ’nettoyé’ les postes vacants sur les organigrammes (ceux qui sont actuellement occupés par des CDD), ont par ailleurs souligné CFDT, CGT, FO et SNJ dans un communiqué commun mercredi. Il s’agit plutôt d’un plan menaçant plus de 600 emplois à France Télévisions."

De son côté, la direction, qui veut réduire les effectifs du groupe de 10 100 en 2013 à 9 750 en moyenne en 2015, a averti qu’elle ne retirerait pas son plan de départs volontaires et qu’il n’était pas question de remplacer les départs, mais qu’elle était "ouverte à en négocier le contenu et les modalités". Cette grève intervient donc dans une période difficile pour le groupe, qui doit faire face à une subvention publique et des recettes publicitaires en baisse.

Affaibli aussi par les mauvaises audiences du nouveau programme d’avant-soirée sur France 2, l’émission de Sophia Aram "Jusqu’ici tout va bien", le groupe a dû également annoncer il y a deux semaines la nomination d’un nouveau directeur des programmes de la chaîne, Thierry Thuillier. Ces difficultés inquiètent de plus en plus les ministères de tutelle et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), qui veulent resserrer leur contrôle sur France Télévisions. Le président du CSA, Olivier Schrameck, a annoncé que l’institution auditionnerait désormais un représentant du groupe tous les quinze jours sur sa politique.

Le 7 Novembre 2013 - Le Monde

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