Sauvetage de FagorBrandt : le gouvernement ne s’engage pas « pour l’instant »

Lundi 4 novembre 2013, par lohann // SITL/Fagor Brandt

Les syndicats du fabricant d’électroménager FagorBrandt, qui emploie 1870 personnes en France, ont été reçus lundi à Bercy pour demander « l’aide de l’Etat » à cette filiale française du groupe espagnol Fagor, au bord du dépôt de bilan.

Les syndicats, qui souhaitent que le produire français, ardemment défendu par M. Montebourg, « ne soit pas qu’un slogan », demandent notamment au gouvernement de les aider « à trouver des partenaires financiers, rassurer les fournisseurs et les clients et renforcer le label "produire français" ».

« On nous a écoutés »

Des représentants CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC et FO se sont entretenus pendant près de deux heures avec des membres des cabinets du ministère du Redressement productif et du ministère de l’Emploi, avant une réunion de crise prévue jeudi à Bercy avec les élus des départements concernés (Loiret, Loir-et-Cher, Vendée).

Dans ces trois départements, les quatre usines françaises du groupe sont menacées de fermeture. Mille huit soixante dix personnes sont concernées sur les 5 642 employées par Fagor dans le monde (Espagne, France, Pologne, Maroc et Chine).

Ensemble, les syndicats « ont demandé une aide de l’Etat pour le redémarrage de l’outil industriel au plus tôt », a déclaré Christian Legay (CFE-CGC), qui s’exprimait au nom de l’intersyndicale. Les représentants du ministère « nous ont écoutés et ont assuré que tout serait mis en oeuvre pour soutenir les salariés et maintenir l’outil de travail », mais il n’y a pas d’engagement du gouvernement « pour l’instant ».

Le gouvernement « attend » le comité central d’entreprise extraordinaire de mercredi au siège à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) « pour connaître les orientations stratégiques du groupe », a précisé M. Legay. « On demande un plan stratégique depuis deux ans. Si la direction avait été responsable, on n’en serait pas là », explique Laurent Prevost (CFDT) pour lequel « les feux sont au vert » vers le dépôt de bilan. La cessation de paiement, qui pourrait être annoncée dès ce mercredi, « se rapproche », estime aussi Philippe Rabillier (CGT). Pour l’heure, la « priorité est de reprendre le travail au plus tôt, les carnets de commande sont pleins jusqu’à Noël », affirment MM. Prevost et Rabillier.

Comité central extraordinaire d’entreprise le 6 novembre

La coopérative basque espagnole Mondragon, maison-mère de Fagor, qui produit les marques Vedette, Brandt, Sauter et De Dietrich, a renoncé la semaine dernière à renflouer son entreprise vedette qui affiche une dette abyssale de 800 millions d’euros. Un comité central extraordinaire d’entreprise est prévu le 6 novembre.

Fagor est confronté à une chute de ses ventes avec un chiffre d’affaires en baisse de 19% au premier semestre 2013. L’entreprise a estimé qu’une aide de 170 millions d’euros serait suffisante pour éviter la banqueroute. Mais, Mondragon, la coopérative du pays Basque née dans les années 1950 qui est devenue un conglomérat implanté avec 80 000 salariés dans une vingtaine de pays avec des activités aussi diverses que l’électroménager, les équipements pour voitures, les machines industrielles ou le matériel sportif a jugé de son côté que « les ressources demandées ne suffiraient pas à garantir sa viabilité ». Dans la foulée, Fagor a annoncé, jeudi, que sa filiale polonaise Fagor Mastercook qui emploie 1 400 personnes à Wroclaw déposait le bilan, premier pas probable vers le dépôt de bilan du groupe qui compte 5 700 salariés à travers le monde.

Refusant d’évoquer une « cessation de paiement », la direction s’est bornée à parler il y a quelques jours d’une « poursuite de l’information sur la situation de Fagor », tout en reconnaissant que « le groupe Fagor a besoin d’avoir un accord sur la restructuration de sa dette rapidement ».

Les usines françaises sont à l’arrêt

En France, les usines sont déjà à l’arrêt depuis plusieurs semaines comme celle Orléans (Loiret), qui emploie 600 personnes, ou encore à la Roche-sur-Yon (Vendée, 360 salariés). Il en est de même pour celles de Vendôme (Loir-et-Cher) et d’Aizenay (Vendée). Vu l’urgence, les syndicats attendent que l’Etat s’implique directement dans le dossier. « Il faut que l’Etat refinance la dette pour faire redémarrer la production », estime ainsi Philippe Breger, délégué CGT du site de La-Roche-sur-Yon.

FagorBrandt « est une entreprise viable avec un portefeuille de commandes rempli », soutiennent les syndicats. « Il y a un savoir-faire (...), on pense qu’il y a une possibilité pour que cette entreprise continue à exister mais la clé dépend de la direction », estime M. Legay. Selon les syndicats, la dette de FagorBrandt s’élève à 250 millions d’euros, dont 142 millions vis-à-vis de l’extérieur et 108 millions dus au groupe.

Du côté des élus locaux, on ne se fait guère d’illusions sur l’avenir de Fagor. « Il faut réindustrialiser les sites. Fagor c’est terminé », a expliqué, jeudi, Bruno Retailleau, le président UMP du Conseil général de Vendée. Face à cette catastrophe industrielle annoncée, le gouvernement ne peut pas rester passif. Il doit réagir de toute urgence pour trouver des solutions qui permettront d’atténuer ce choc économique et social ». De son côté, Jacques Auxiette (PS), président de la région Pays de Loire, a rappelé que « dès mi-octobre la Région s’était dite prête à copiloter avec l’Etat les initiatives qui pourraient être prises collectivement vis-à-vis d’éventuels repreneurs ».

Le 4 Novembre 2013 - Le Parisien

Répondre à cet article