Les " Michelin " au coeur de Tours

Dimanche 27 octobre 2013, par lohann // Michelin

Près de 500 salariés de l’usine de pneus de Joué ont crié leur colère pour la première fois dans les rues de Tours, avant de rencontrer le préfet jeudi soir.

Douze jours de blocage et on n’a rien, rien de concret. Ça commence à nous gonfler. On n’a que des miettes. On veut savoir ce qu’on va devenir, s’énerve Jacky, cariste, trente-neuf ans de boite, un tambour sur le ventre, ses deux baguettes à la main. C’est lui qui rythme le défilé des « Michelin » qui, ce jeudi matin, occupe pour la première fois le centre ville de Tours. Mario, confectionneur, affiche quarante ans de carrière dans le pneu et deux fermetures d’usine à son compteur : « J’ai déjà connu la fermeture d’Orléans en 1991, à La Chapelle-Saint-Mesmin. On y fabriquait 90 % des chambres à air à l’époque. Une quarantaine d’Orléanais ont été mutés à Joué, dont moi. Et cela recommence aujourd’hui avec la faillite de Joué ! Il n’y a que le pognon qui mène la France mais nous, on n’a rien ! » Joël est chez Michelin depuis 1976 et enrage : « Il me reste quatre ans à faire. Je préférerais être licencié. Je vais retrouver du boulot, dans le bâtiment, comme menuisier, carreleur ou peintre. Et je veux me tirer de la France pour fuir les taxes, le tout social et le tout Europe ! »
Les « Michelin » sont aussi énervés, fatigués que combatifs. Ils remontent l’avenue de Grammont, la rue Nationale et bloquent le tramway, filent vers la bibliothèque, le bord de Loire, reviennent par le château, la cathédrale.

" Chassé à coups de pied dans le cul "

Carole, ouvrière aux tringles, lâche un : « La direction nous prend pour des cons. » Maman d’une fille, et encore jeune, elle n’a plus d’espoir. Ingrid, salariée dans le même atelier, le sifflet à la bouche, arbore un tee-shirt noir aux couleurs de son entreprise, comme tous ses collègues. Le noir, symbole du deuil évidemment : « On est solidaires. Et on est tous dans le noir, dans la merde. » Un de ses collègues, qui brandit une banderole : « Oui, on est tous en deuil mais c’est normal, c’est pas très gai la mort d’une entreprise. » Pour le coup, on assiste au passage d’un étonnant cortège funèbre. José, trente-six ans de maison, raconte son parcours, crispé : « Je suis venu du Portugal en 1975. De ma famille, les Da Mota, nous étions dix à travailler chez Michelin à Joué, mon père, des oncles et cousins, mes deux frères ! Nous ne sommes plus que deux. Je demande qu’on nous traite correctement. On a tout donné et maintenant, on nous met un coup de pied dans le cul pour qu’on parte ! J’ai toujours travaillé en trois-huit, à la finition, au contrôle des pneus, de 13 h à 21 h, ou de 21 h à 5 h, et de 5 h à 13 h. Chaque semaine, je change d’horaires ! Payé au smic, plus les primes de nuit ». José se console : ses trois filles ont un boulot, une maison.
Les grilles de la préfecture apparaissent au bout de la rue. Les manifestants haussent le ton à coups de trompettes, clairons, cornes de brume, pétards. La rencontre de leurs délégués avec le préfet peut commencer.

Le 25 Octobre 2013 - La Nouvelle Répubique

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