Le rythme des fermetures d’usines ne ralentit pas

Mardi 8 octobre 2013, par lohann // actualité générale

Le rythme des fermetures d’usines n’a pas ralenti en France cette année, comme l’illustre l’annonce mardi par Alcatel-Lucent de la suppression de 900 emplois en France, avec à la clé la fermeture de deux sites à Rennes et à Toulouse.

Sur les trois premiers trimestres de 2013, 191 fermetures de sites industriels employant plus de 10 salariés ont été recensées par l’Observatoire de l’emploi et de l’investissement Trendeo, un chiffre comparable à celui de la même période en 2012. Depuis janvier 2009, 1.253 usines ont ainsi été fermées.

Sur l’ensemble de 2012, le nombre de fermetures de sites avait bondi de 42% par rapport à 2011, avec 266 sites fermés.

"Alcatel vient confirmer que la reprise n’est toujours pas là et que l’économie française est toujours en convalescence", estime David Cousquer, dirigeant de Trendeo.
En dépit de la sortie de récession amorcée au deuxième trimestre et du redressement des indicateurs de confiance, les créations d’usines ne redémarrent pas.

"Il n’y a pas de dynamique de créations qui permettrait d’absorber ces fermetures, qui sont d’autant plus coûteuses en emplois", note David Cousquer.

Sur les trois premiers mois de 2013, le nombre de créations d’usines a baissé de 25% par rapport à même période en 2012. Sur l’ensemble de l’année dernière, 166 créations de sites avaient été recensées par Trendeo contre 154 l’année précédente.

L’industrie manufacturière a enregistré 17.000 pertes nettes d’emplois sur les huit premiers mois de 2013 contre 14.000 sur la même période en 2012 et près de 140.000 depuis le début 2009.

Dans l’industrie, la seule amélioration véritable cette année provient du secteur pharmaceutique, qui crée plus d’emplois qu’il n’en supprime pour la première fois depuis 2009.

60.000 POSTES DÉTRUITS PAR LES GRANDS GROUPES

En 2012, la pharmacie avait subi sa quatrième année consécutive de pertes d’emplois, Bristol-Myers-Squibb, Sanofi-Aventis, Cephalon et Merck ayant annoncé près de 2.000 suppressions d’emplois à eux quatre.

Mais l’année dernière avait été marquée par quelque 12.000 suppressions de postes dans l’automobile, près de 2.800 dans la plasturgie et le caoutchouc et près de 2.300 dans l’informatique, l’optique et l’électronique avec des fermetures de sites importants par Technicolor et déjà Alcatel-Lucent.

"Malheureusement, il y a de moins en moins de sites de grande taille à fermer", dit David Cousquer, qui rappelle que dans les constructeurs automobiles, le plus important secteur industriel, ont réalisé le gros des fermetures prévues.

Il souligne, en revanche, une différence de comportement "assez spectaculaire" entre les grands groupes et les entreprises de taille moyenne.

"Dans un contexte de très faible croissance de la zone euro, les grands groupes, qui ont tous des capacités de production à l’étranger, préfèrent investir ailleurs, en Asie ou aux Etats-Unis", note-t-il.

Mais les entreprises de taille intermédiaire (ETI), dont environ 30% à peine disposent de capacités de production à l’étranger et souvent en zone euro, sont contraintes de se reposer sur l’existant "et ont du coup un comportement plus vertueux", créant des emplois quand les grandes entreprises en ont détruit depuis la crise financière de 2008-2009.

Selon Trendeo, les ETI ont créé près de 80.000 emplois nets tous secteurs d’activité confondus de 2009 à septembre 2013, quand les grandes entreprises en ont détruit près de 60.000.

DÉLITEMENT DU TISSU INDUSTRIEL

Au-delà des fermetures de sites spectaculaires et de quelques annonces, plus rares, de créations de sites industriels de grande taille, David Cousquer pointe "un délitement du tissu industriel à bas bruit", soulignant que la taille moyenne des sites fermés était en 2012 de 71 salariés.

"Ce qui compte, c’est aussi la vitesse de désindustrialisation comparée", poursuit-il en rappelant que la France accuse un déficit commercial de plus de 50 milliards d’euros sur un an glissant, quasi-intégralement dans l’industrie, quand d’autres pays européens, Allemagne en tête, sont excédentaires.

Le déficit commercial de la France est ressorti à 4,9 milliards d’euros en août et plus de 60 milliards sur un an selon les données publiées mardi par les Douanes, alors que l’Allemagne a fait état d’un excédent de 15,6 milliards sur le même mois et de 192 milliards sur douze mois glissants.

"Le gouvernement, avec son plan de relance de 34 filières, marque qu’il a bien compris l’impératif industriel qui est celui de l’économie française", note David Cousquer en référence à la présentation lundi par le gouvernement de ses 34 plans de réindustrialisation de la France.

"Mais c’est une politique de soutien de l’offre avec peu de moyens et qui se heurte à une demande en zone euro qui est complètement atone", relativise-t-il.

Le 8 octobre 2013 - Capital

Les principaux plans de suppressions d’emplois en 2013

Après une année 2012 marquée par des plans d’ampleur comme celui de PSA Peugeot Citroën (11 000 postes) ou la fermeture des hauts fourneaux de Florange par Arcelor Mittal (629 postes), voici les principales entreprises concernées.

AIR FRANCE

2 800 nouvelles suppressions de postes dans le cadre de son plan Transform 2015 ont été détaillées début octobre. Elles viennent s’ajouter à quelque 5 000 suppressions de postes déjà décidées en 2012 pour redresser le franco-néerlandais Air France-KLM à l’horizon 2015.

SANOFI

Le groupe pharmaceutique prévoit la suppression de 186 postes en France sur 5 000 d’ici à la fin 2015. Il avait annoncé ce plan fin juillet, assorti d’environ 400 mutations. Sanofi prévoyait initialement 900 suppressions de postes.

GOODYEAR

Goodyear France a annoncé le 31 janvier un projet de fermeture de son usine de pneus d’Amiens-Nord, employant 1 173 personnes. Les syndicats multiplient les procédures judiciaires contre ce plan.

VIRGIN

Le distributeur de produits culturels a déposé le bilan en janvier. Faute de repreneurs, l’enseigne, employant un millier de salariés, a été liquidée en juin.

DARTY

Le groupe d’électroménager va supprimer quelque 450 postes en France via des reclassements ou des départs volontaires. Darty, qui avait annoncé l’essentiel de ce plan en août, emploie 11 500 personnes en France.

CANON

Le groupe d’électronique japonais et ses 2 600 collaborateurs en France, a présenté en juillet un plan de restructuration avec 453 suppressions de postes à la clé selon les syndicats (250 postes nets selon la direction).

GAD

Déficitaire depuis 2008 sur fond de crise porcine, la société d’abattage de porcs (1 700 salariés) est placée en redressement judiciaire en février. Elle doit présenter mercredi un plan de continuation devant le tribunal de commerce de Rennes, qui prévoit notamment la fermeture du site de Lampaul-Guimiliau (Finistère, 850 emplois). En cas de rejet, cela entraînerait la liquidation de la société.

MICHELIN

Le géant des pneumatiques a annoncé en juin qu’il comptait arrêter la production des pneus poids lourds à l’usine de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) en raison de la baisse de la demande en Europe. Le plan social prévoit 726 suppressions d’emploi sur 926 postes d’ici la fin 2014.

SNCM

Le plan de sauvetage de la compagnie maritime SNCM, qui a accusé en 2012 14 millions d’euros de pertes, annoncé en juin, prévoit la suppression de plus de 500 postes - sans licenciement - sur 2 600 salariés.

IBM

Le groupe informatique prévoit 689 suppressions de postes (sur quelque 9 700 salariés en France), mais espère trouver suffisamment de volontaires pour éviter les licenciements.

TOTAL

Le groupe pétrolier a annoncé en septembre la suppression de 210 des 554 emplois de son site pétrochimique lorrain à Carling (Moselle), sa plus grosse restructuration en France depuis la fermeture de la raffinerie de Dunkerque en 2010.

TUI

Le voyagiste (Nouvelles Frontières, Marmara, Aventuria et Passion des Iles), qui emploie un peu plus d’un millier de salariés, a annoncé début septembre la suppression de 306 postes, via des départs volontaires et en franchisant des agences. TUI France avait déjà lancé un plan social fin 2011, qui a abouti au départ de 550 personnes.

DANONE

Le groupe alimentaire a annoncé la suppression dans les deux ans de 901 postes de cadres en Europe, dont 236 en France, sur une base volontaire. Le chiffre, avancé en février par les syndicats, a été confirmé en avril par la direction.

Le 8 Octobre 2013 - Ouest France

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