Négociations de la dernière chance pour sauver le chimiste Kem One

Jeudi 5 septembre 2013, par lohann // Kem One

Pour les pouvoirs publics, c’est le dossier industriel numéro un du moment. Kem One, ce groupe chimique français placé en redressement judiciaire fin mars, va-t-il être sauvé ? A Bercy, les réunions s’enchaînent jour et nuit, suivies de près par Matignon et l’Elysée. A Lyon, où est installé le siège du groupe, le préfet de région chargé de coordonner la mobilisation multiplie les rendez-vous.

L’enjeu est lourd : ancienne filiale d’Arkema, Kem One comptait avant son dépôt de bilan vingt-deux usines et 2 600 personnes dans le monde, dont 1 800 en France. L’heure de vérité approche.

Les candidats à la reprise ont jusqu’au lundi 9 septembre pour remettre leurs offres. Un comité d’entreprise a été convoqué pour le lendemain, afin d’informer le personnel des candidatures enregistrées. Le tribunal de commerce devrait trancher le 26 septembre.

Mais les juges auront-ils en main plusieurs offres, une seule, ou bien... aucune ? C’est l’enjeu des tractations en cours. Objectif du gouvernement : aboutir à ce qu’au moins un candidat présente un dossier de reprise de l’ensemble des usines. Et éviter la catastrophe que représenterait l’éclatement ou la liquidation du groupe. "Le personnel est inquiet, tendu, résume un cadre. On vit dans un mélange de crainte et d’espoir..."

Sur les sept candidats ayant déposé des marques d’intérêt auprès de l’administrateur judiciaire en juin, seuls deux semblent en mesure de racheter tout Kem One : Open Gate et Sun Capital.

Ces deux groupes financiers américains ont déjà repris chacun plusieurs sociétés en France, notamment Fleurus Presse et Aluminium France Extrusions pour Open Gate, et Albéa et DBApparel (Dim, Playtex) pour Sun Capital.

"SÉVÈRE RESTRUCTURATION"

Mais l’un comme l’autre ne sont pas prêts à se lancer dans n’importe quelles conditions. Ils n’ont pas envie de connaître le même fiasco que Gary Klesch, l’homme d’affaires américain qui a repris Kem One en 2012, et a déposé le bilan de la moitié des activités au bout de huit mois seulement.

Avant de se décider, les dirigeants d’Open Gate et Sun Capital veulent être sûrs que Kem One pourra vite gagner de l’argent. Or le fabricant de chlore, de soude et de PVC en perd beaucoup depuis des années, victime à la fois d’un manque de compétitivité et d’un marché déprimé.

Comment retourner la situation ? Le personnel a bien compris que le repreneur, quel qu’il soit, risquait de tailler dans l’effectif. "On parle d’une sévère restructuration au siège", dit un syndicaliste.

En parallèle, de gros efforts sont demandés aux principaux fournisseurs de Kem One. Mardi 3 septembre et mercredi 4, deux longues séances de négociation ont ainsi eu lieu à Bercy.

D’un côté de la table, des représentants des deux candidats-clés à la reprise. De l’autre, des dirigeants de Total, d’Arkema et d’EDF, mis sous pression pour comprimer les prix auxquels ils vendent de la vapeur, de l’éthylène, de l’électricité, etc., à Kem One. En jeu, des ristournes de plusieurs dizaines de millions d’euros par an.

DES MOIS DE BLOCAGE

"Nous avons fait des propositions jugées tout à fait positives par les deux candidats", indique Patrick Pouyanné, le patron du raffinage et de la chimie chez Total. A ses yeux, les bases permettant d’aboutir à un accord sont désormais là. "Kem One est un de nos grands clients, et l’intérêt de Total est que cette entreprise continue à vivre, pour autant que son modèle soit viable", explique-t-il.

Cette avancée, après des mois de blocage, pourrait être décisive. Le fait que Kem One ne fabrique pas son éthylène et l’achète à Total à des conditions devenues défavorables constituait en effet un des grands points faibles du groupe.

Pour autant, rien n’est encore joué. Les accords avec Total, Arkema et EDF ne sont pas bouclés. De plus, l’Etat est appelé à alléger lui aussi la barque de Kem One. Voire à financer en partie la reprise, par exemple en faisant entrer le Fonds stratégique d’investissement au capital de l’entreprise. Là non plus, rien n’est acquis.

Reste enfin à lever l’hypothèque Gary Klesch. Le "cow-boy" américain reste propriétaire de la moitié des usines de Kem One, celles, rentables, de transformation du plastique.

Il a promis de les donner au repreneur qui le souhaiterait. Encore faut-il que M. Klesch tienne parole. "Si ce n’est pas le cas, nous avons les moyens de le poursuivre en justice, compte tenu de la façon dont il a géré Kem One, assure un avocat des salariés. On met la pression pour qu’il n’y ait pas d’embrouille."

Le 5 Septembre 2013 - Le Monde

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