Pas de licenciements secs à la SNCM ? Sauf 221 contrats précaires

Jeudi 4 juillet 2013, par lohann // SNCM

515 suppressions de postes "sans licenciement sec" à la SNCM ? Pas exactement. Le volet social du plan de sauvetage prévoit l’arrêt de 221 contrats à durée déterminée dès l’année prochaine. Pour certains marins, ces contrats sont leur seule activité depuis de nombreuses années.

Treize ans de SNCM et puis rien. Pourtant le gouvernement l’a martelé le plan de sauvetage de la compagnie maritime se fera sans "licenciements secs". Officiellement. Un doux euphémisme qui masque la réalité des 515 suppressions de postes prévues jusqu’en 2019. Le ministre des transports, Frédéric Cuvillier, l’a encore affirmé devant l’Assemblée nationale : "la volonté du Gouvernement est qu’il n’y ait pas de départs contraints (...) pas de licenciements. Des départs à la retraite ou des départs volontaires". Or, le détail du plan prévoit le non-renouvellement de 221 contrats à durée déterminée, des emplois structurels pour une grande partie des marins concernés.

C’est le cas de Yann Esposito qui travaille derrière le bar sur les ferries de la SNCM. Son oncle et son grand-père faisaient déjà partie de la compagnie de transports. A 17 ans, il embarque à son tour en contrat précaire avec l’ambition à terme d’être titularisé. Treize saisons plus tard, les CDD s’accumulent pour ce trentenaire : "Parfois pour trois jours, parfois deux semaines, c’est en fonction de la demande". Ces périodes de travail sont aléatoires mais elles représentent la seule source de revenu pour Yann Esposito pour qui la SNCM est un employeur exclusif.

En effet, il est difficile pour lui de cumuler cet emploi avec un autre car "on ne sait qu’au dernier moment si on a besoin de nous"​. Son salaire annuel oscille "entre 10 et 18 000 euros". On est loin des salaires de privilégiés souvent avancés même si le nombre de jours travaillés reste flou. Son cas est loin d’être isolé : "nous sommes au moins 1000 dans cette situation"​. Les chiffres officiels établissent un effectif équivalent à 2000 postes à temps plein qui passe en haute saison entre 2600 et 2800 employés.

"Il faut qu’il y ait des morts pour être embauché"

Sans jouer sur les mots, un non-renouvellement de CDD ressemble fort à un licenciement sec. Surtout que certains gardaient l’espoir d’être un jour titularisés. Là aussi, l’espoir s’arrête. "Je suis 27e, explique-t-il. C’est un classement à l’ancienneté, il faut que 27 personnes quittent leur poste pour que je ne sois plus en situation précaire. Comme une loi permet d’obtenir la pension de retraite et de travailler, il faut qu’il y ait des morts pour pouvoir espérer être embauché".

La période la plus chargée est située "entre avril et septembre, c’est là où il y a le plus de travail". A priori rien d’anormal au vu du domaine d’activité de la SNCM. "On n’accorde pas de vacances à ces moments là. Mais les conventions collectives nationales imposent des jours de repos", précise Yann Pentel, représentant CGT des marins. Une réglementation qui en termes d’effectifs se traduit par "deux équipages pour un bateau".

"On n’a aucune information officielle"

Conscient que la situation va faire des dégâts en termes d’emplois, - "ça ne dépend pas que de nous" - le discours du représentant syndical rejoint celui du ministre sur un point : il faut sauver la SNCM. Un discours qui dépasse la seule préoccupation de préservation de l’emploi portée habituellement par le syndicat. Il reste également un douloureux travail de tri à faire au sein de cette cohorte de précaires. Avec quatre ans d’ancienneté en cuisine, Romain Aubry commente : "On n’a aucune information officielle. On en saura plus dans les jours à venir sur qui part ou pas". Car, au-delà des futurs retraités, le nombre de départs volontaires reste à définir et pour ceux en CDD qui ne seraient pas renouvelés, ils se retrouvent catapultés sur le marché du travail marseillais déjà bien encombré.

Pour un autre agent en CDD, qui préfère rester anonyme, le constat est clair : "Avec ces suppressions, on nous aura fait bosser 13 ans pour rien". Car lui aussi est resté en attendant une titularisation qui n’est pas venue, une période synonyme de précarité "ça nous freine dans les projets de vie, on ne peut pas se projeter". La diminution d’effectifs qui s’annonce le met en colère "on est des larbins, des bouche-trous. On ne nous compte même pas dans le personnel". En revanche, Pôle emploi devrait bientôt les compter comme chômeurs.

Le 4 Juillet 2013 - Marsactu

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