En un jour, la France a rayé de sa carte près de 3000 emplois

Mercredi 12 juin 2013, par lohann // actualité générale

Du Japon, où il était en voyage officiel samedi 8 juin, François Hollande a assuré que la crise de la zone euro était "terminée". Les entreprises françaises, acteurs de l’"économie réelle", viennent de lui apporter un démenti cinglant. Car la série noire continue. Les plans sociaux s’accumulent et s’accélèrent.

La journée de lundi 10 juin a été, à ce titre, très douloureuse : annonces de restructurations chez Michelin et Lafuma ; constats d’absence de repreneurs pour les magasins Virgin et les abattoirs Gad (dans le Finistère). Au total, ce sont près de 3 000 emplois qui sont ainsi menacés. L’équivalent de l’usine d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) que PSA va fermer.

"Nous faisons face à une vague qui monte, reconnaît Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif. Partout en Europe, l’économie dégringole, on se prend des paquets de mer, on est dans la tempête."

"FLUX TENDU"

Au ministère du redressement productif, on assure travailler en "flux tendu", avec un lot permanent de 1 500 dossiers d’entreprises en difficulté à traiter. "Cela ne faiblit pas", poursuit M. Montebourg.

Un diagnostic confirmé par l’assureur-crédit Euler-Hermes. En 2012, le nombre de défaillances d’entreprises a dépassé 60 000, et ce chiffre devrait encore augmenter de 2 % en 2013, sans décliner véritablement en 2014.

"Il faut généralement 2 % à 3 % de croissance du produit intérieur brut pour enrayer la hausse des défaillances. En France, on en est loin", atteste Maxime Lemerle, d’Euler-Hermes, inquiet de voir des sociétés de plus en plus grosses flancher.

Face à cette litanie de mauvaises nouvelles, l’Elysée joue l’apaisement. "Chacun de ces cas est toujours un cas de trop, mais les plans sociaux représentent moins de 10 % des inscriptions mensuelles à Pôle emploi, explique-t-on dans l’entourage de M. Hollande. A l’échelle du pays, cela pèse moins que la difficulté des jeunes à rentrer sur le marché du travail, un phénomène moins visible mais plus insidieux."

"UN SCÉNARIO À L’EUROPE DU SUD"

Pas question, donc, pour le moment, de dénoncer l’attitude des patrons ou d’éventuels licenciements "boursiers". C’est la crise en Europe et sa persistance qui sont d’abord pointées du doigt.

Les entreprises, malmenées lors de la crise de 2009, ont abordé le ralentissement de 2012 avant d’avoir pu se refaire une santé. Pour tenir, elles ont, dans un premier temps, composé avec les emplois "Kleenex" – comme on appelle parfois les contrats précaires –, en cessant de renouveler les CDD et contrats d’intérimaires (en recul de 6,8% sur un an à fin avril), observe Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis. Mais ce recours s’épuise et les emplois dits protégés sont désormais touchés.

Au-delà de saper le moral des Français, ces plans sociaux médiatiques ne font qu’hypothéquer un peu plus l’espoir "d’inverser la courbe du chômage" en fin d’année auquel continue de croire l’Elysée. Pire, un "scénario à l’Europe du Sud" pourrait menacer, pense M. Caffet. Car les détenteurs de CDI sont ceux qui, mieux vus des banques, se sont endettés, pour acheter un appartement, une voiture, un voyage... Licenciés, ils pourraient avoir des difficultés à rembourser leurs emprunts, fragilisant les banques et les rendant plus réticentes encore à financer l’économie.

SIGNAUX DE REDRESSEMENT

Reste que si la France est du mauvais côté de la barrière, la mise en place d’un tel cercle vicieux n’est pas l’hypothèse la plus probable, rassure M. Caffet. Les signaux de redressement de l’économie mondiale pointent et la France pourrait, par le biais de ses exportations, en profiter.

Déjà, l’activité industrielle a rebondi de 2,2 % en avril. Une surprise, qui, si elle se confirmait, pourrait présager d’une amélioration réelle.

Mais il en faudra plus pour imaginer le pays bientôt tiré d’affaire. La compétitivité de l’industrie fait toujours défaut pour capter à plein la croissance mondiale, en particulier celle des pays émergents. Selon Natixis, la France n’exporte que 5,5 % de son produit intérieur brut (PIB) vers ces pays, contre 11,5 % en Allemagne. En cause, les taux de marges trop faibles et des entreprises qui investissent peu et n’innovent pas assez.

Le 12 juin 2013 - Le Monde

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