Les salariés d’Oxbow critiquent la gestion de la société : "un immense gâchis"

Mercredi 12 juin 2013, par lohann // Oxbow

Après l’annonce de la suppression des deux tiers des emplois au sein de l’entreprise girondine, les salariés racontent la descente aux enfers de la marque de surfwear.

« Je suis rentrée en 2008. Je suis surfeuse. Cela faisait des années que je souhaitais travailler chez Oxbow. C’était une marque superbe. Maintenant, je sais que je vais être licenciée. Et, tout cela, c’est un immense gâchis. »

Le témoignage de cette employée du service approvisionnement recueilli hier à la sortie du siège mérignacais d’Oxbow illustre la colère et le désarroi qui règnent au sein du personnel de la firme girondine, où 83 des 126 emplois doivent disparaître.

Des gens en larmes

« Il y avait des gens en larmes lundi, quand la direction a réuni le personnel pour lui apprendre la nouvelle », raconte Isabelle Cantonny, secrétaire (Force ouvrière) du comité d’entreprise. Depuis, même si aucune communication officielle n’a été faite sur la ventilation des suppressions d’emploi, la plupart des salariés menacés savent à quoi s’en tenir. Et, en même temps que l’angoisse, le plan d’Oxbow et du groupe Lafuma, sa maison mère, suscite incompréhension et révolte. « Avec le précédent plan, qui a été annulé par le tribunal, et qui prévoyait une trentaine de licenciements, on imaginait que l’entreprise pourrait encore continuer à tourner », dit une employée administrative. « Mais là, avec les deux tiers des effectifs en moins, ce n’est plus possible. »

Dans ce contexte, les salariés vident leur sac. Isabelle Cantonny et ses collègues élues du personnel, Fabienne Hurmic et Catherine Pierson, pointent les dérives de ces dernières années. « On était devenues beaucoup trop dépendantes de deux gros clients, Intersport et Sport 2000. On leur vendait avec des marges ridicules. Avant la période des résultats, on facturait à tout va pour des commandes parfois inexistantes. Et les produits revenaient quelques mois plus tard dans l’entrepôt de Canéjan. »

Présente dans la société depuis dix-huit ans, Isabelle Cantonny a connu la fondatrice Isabelle Cachot, une femme « entière », et semble-t-il pas toujours commode, mais qui avait à la fois du flair, du goût, et le sens des réalités industrielles. Après les prises de contrôle par deux investisseurs financiers successifs, Oxbow s’est retrouvé dans le giron du groupe Lafuma en 2005, et a ensuite subi une descente aux enfers, accélérée par la crise et les difficultés globales du surfwear. « On voyait bien que les choses n’allaient pas, rappelle une employée. On le disait, mais on ne nous écoutait pas. » « On a été dirigés par des guignols qui sont partis avec des centaines de milliers d’euros d’indemnités, alors que nous, on va se retrouver à la rue », renchérit Isabelle Cantonny.

Selon elle, dès 2009, la situation sentait le roussi « , il y avait en moyenne deux licenciements individuels par mois. On allait chercher des griefs qui n’avaient jamais été précédemment formulés aux intéressés. J’assistais à des entretiens individuels. C’était terrible pour eux. »

Changements de cap

Dans le même temps, au gré des directions successives, la firme modifiait l’esprit de ses collections et ses cibles en visant tantôt les 15-25 ans, tantôt un public plus âgé. Et Lafuma mettait en place chez Oxbow sa centrale d’achats, qui, selon les salariés du service d’approvisionnement, prenait des commissions excessives, tout en suscitant démotivation et déresponsabilisation dans le dit service. Bref, la marque girondine était devenue progressivement une grande malade, dont il faut espérer qu’elle ne meure pas. Mais, quel que soit son destin, ce sont plus de 80 salariés, qui vont maintenant payer la note.

Le 12 Juin 2013 - Sud Ouest

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