Le baroud d’honneur des salariés de Virgin

Jeudi 23 mai 2013, par lohann // Virgin Megastore

Les salariés de Virgin jouent leurs dernières cartes. L’enseigne de distribution culturelle, placée en redressement judiciaire depuis mi-janvier, n’a plus que quelques semaines à vivre. Les employés ne se font d’ailleurs aucune illusion. « Virgin est mort », synthétise ce jeudi matin Guy Olharan, porte-parole de l’intersyndicale, devant le magasin amiral du groupe, sur les Champs-Elysées. « Mais il va falloir continuer à se battre pour améliorer le futur Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) », ajoute-t-il.

La casse sociale pourrait en effet être bien plus sévère que prévu. La semaine passée, Rougier et Plé, qui voulait reprendre 11 des 26 magasins de l’Hexagone, a jeté l’éponge. Seules deux offres de reprise « sérieuses » demeurent sur la table. 225 salariés, sur les 960 du groupe, pourraient obtenir un reclassement. Pour les autres, le chômage se dessine.

« On est chez nous ! »

C’est pour obtenir un plus grand engagement dans le futur PSE de la part de Butler Capital Partners, l’actionnaire majoritaire (74 %), qu’environ 150 « gilets rouges » ont déboulé, en fin de matinée, dans un immeuble cossu du VIIIe arrondissement. Au premier étage, les bureaux du fonds de pension américain. Pour y entrer, rien de plus simple : un groupe d’une dizaine de salariés, incognito, sonne à la porte. Les hôtesses d’accueil ne se méfient pas et ouvrent. Trop tard.

Les « Virgin » pénètrent dans les locaux et contrôlent les issues. Dix minutes plus tard, leurs camarades arrivent. « On est chez nous ! », entonnent-ils. « Attention, n’abîmez pas les bibelots », ironise un homme. Des négociations téléphoniques débutent avec Walter Butler, le big boss. Celui-ci exige une évacuation préalable de ses bureaux avant toute rencontre avec les salariés. Finalement, à 13 heures pile, le patron de Butler Capital Partners arrive sur place. Le gros des troupes quitte les lieux, sifflets au bec et cornes de brume à la main. Dans une salle de réunion, Walter Butler reçoit une quinzaine de représentants.

« Ça fait 5 000 euros par tête de pipe »

Au coeur des négociations, le budget alloué au futur plan social. Actuellement, seuls cinq millions d’euros ont été provisionnés (3,5 millions d’euros venant de la trésorerie, 1 million de Butler, et 500 000 de la prévoyance). « Ça fait 5 000 euros par tête de pipe, pour des gens qui ont parfois donné vingt-cinq ans de leur vie » à l’entreprise, éclaire Guy Olharan. « Cette somme est censée financer le reclassement, la formation... Qu’est-ce que ça va peser ? » L’intersyndicale estime qu’un PSE « digne » — du niveau de celui de 2012 dans les magasins de Toulouse et Metz — tournerait autour de 15 millions d’euros. Outre une plus grande participation de Butler et de Lagardère — actionnaire minoritaire —, les salariés demandent que les fonds dégagés par la très controversée braderie de la semaine passée (cinq à sept millions d’euros) servent à abonder le PSE. A l’issue des négociations avec Butler, les Virgin obtiennent une première victoire : l’actionnaire majoritaire s’engage à doubler sa participation au futur PSE, passant de un à deux millions d’euros.

Xavier, vendeur au rayon multimédia du magasin de Belle-Epine (94), aimerait aussi que des indemnités de départ « supra-légales » soient débloquées. Car malgré ses dix ans de boîte, le jeune homme ne touchera que 3 000 euros en cas de licenciement. Il s’inquiète : « On va quasiment se retrouver à mille au chômage. Il faudra financer des reconversions. Imaginez les difficultés pour un disquaire à retrouver du travail aujourd’hui... » Quant à la principale offre de reprise — celle du groupe de mode Vivarte — Xavier préfère ne même pas y penser. « Malgré le salaire très bas, j’aimais mon travail à Virgin. Il est hors de question que je bosse dans les chaussures pour la même chose, c’est-à-dire un Smic. » Le vendeur regrette l’abattement qui gagne certains de ses collègues. « Je suis le seul de mon magasin à être venu manifester. Je ne comprends pas qu’on puisse se dire que tout est perdu. »

Jean-Damien et François, respectivement libraire et vendeur numérique au magasin des Champs-Elysées, restent réalistes. « On est là pour tirer le maximum de nos actionnaires, mais on sait que la suite sera compliquée. Notamment pour nous les seniors, quand on connaît l’état du marché du travail. » En milieu d’après-midi jeudi, les Virgin ont obtenu un sursis du tribunal de commerce : l’examen des offres de reprise de l’entreprise a été repoussé au 10 juin.

Le 23 Mais 2013 - Libération

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