Les oubliés de Freescale

Lundi 7 janvier 2013, par lohann // Freescale

Oubliés de la presse économique nationale et du ministre du Redressement productif, les Freescale qui assistent au démantèlement de leur usine n’ont peut-être pas dit leur dernier mot...

Pourquoi et comment les « Freescale », ces salariés toulousains du fabricant américain de semi-conducteurs, sont-ils passés à travers les mailles du filet médiatique global ? Par quel curieux hasard ce site industriel dont le démantèlement a déjà commencé n’a-t-il jamais vraiment clignoté sur les radars de veille politico-économique ? « Quelque chose n’a pas fonctionné », est bien forcé d’admettre Eric Hirson, délégué CGT, que la presse nationale interroge ces jours-ci... sur la fermeture probable de Motorola, l’entreprise cousine. « Bien sûr, nous sommes solidaires des 170 collègues dont l’emploi est menacé, et nous nous réjouissons de l’emballement médiatique qui s’est enclenché. Mais pourquoi eux et pas nous ? », s’interroge le représentant syndical, en constatant que l’été dernier, les 397 derniers salariés d’un site qui en a compté jusqu’à 1600 ont reçu leur lettre de licenciement sans jamais faire les gros titres de la presse économique. Il note également qu’après avoir annoncé s’être saisi du dossier en juin 2012, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif a comme oublié Freescale, un site industriel où, du reste, les Toulousains ne l’ont jamais vu...

Il n’y a sans doute plus rien à sauver de l’usine qui fabriquait des composants électroniques pour l’industrie automobile, mais il reste beaucoup à dire, à écrire, estime Eric Hirson. Par exemple, il fait partie de ces salariés protégés dont le licenciement a été rejeté en novembre dernier par l’Inspection du travail. A l’époque,la direction de l’usine n’avait pas franchement convaincu l’administration sur le caractère économique des licenciements de son personnel et avait été invitée à présenter des éléments de conjoncture industrielle plus précis. « Au fond, la fermeture de l’usine n’allait pas de soi », continue de croire aujourd’hui le syndicaliste CGT, en observant le démontage des machines rachetées en octobre dernier par un client chinois, comme une preuve supplémentaire « de la performance d’un outil industriel dont la direction a brandi l’archaïsme pour justifier la fermeture de Toulouse ».

Chine ou photovoltaïque ?

Eric Hirson n’est pas le seul à soupçonner une délocalisation qui ne dit pas son nom, théorie à laquelle Denis Blanc, le directeur du site, a toujours opposé un démenti catégorique. De tous les candidats à la reprise des quelque 800 machines dispersées par Freescale sur le marché de l’occasion, l’acquéreur chinois aurait été le plus offrant, lui qui rachète 85 % du parc industriel toulousain, sans les brevets qui vont avec, rappelle sans cesse la direction.

Qu’en fera-t-il ? « Ce matériel voué à la fabrication de puces électroniques et de semi-conducteurs peut produire des élements photovoltaïques », indique le représentant syndical. Mais il croit savoir qu’en interne, Freescale aurait proposé à certains de ses techniciens de collaborer au remontage des lignes de production en Chine...

Une rumeur dont il sera question courant janvier 2013, à l’occasion de la prochaine assemblée générale. Les Freescale croiseront probablement la cinquantaine de techniciens chinois qui ont investi le site depuis une quinzaine de jours, débranchent, emballent et étiquettent les machines qui doivent partir le mois prochain. Théoriquement. L’outil de travail est le dernier espoir auquel se raccrochent encore les salariés toulousains qui n’ont pas retrouvé d’emploi. Ils pourraient décider de bloquer les camions de déménagement et feront peut-être alors, la « Une » des journaux.

Blanc : « Stop aux Fausses rumeurs »

Interrogé par « La Dépêche du Midi » sur l’éventuelle participation de techniciens de Freescale au remontage des machines en Chine, Denis Blanc, directeur du site toulousain, a tenu à opposer un démenti « vigoureux et officiel à cette rumeur mensongère. J’ai eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet devant les partenaires sociaux, et la CGT en particulier, auxquels j’ai tenu le même discours », a par ailleurs indiqué Denis Blanc. S’agissant enfin de l’usage que fera le nouveau propriétaire de l’outil i ndustriel qu’il a acquis, le directeur de Freescale a assuré l’ignorer. « Ces machines sont théoriquement capables de produire toutes sortes de composants électroniques, mais des composants technologiquement dépassés », a conclu M. Blanc.

Le 7 Janvier 2013 - La Dépêche

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