Société Générale : une grève sur fond de désamour bancaire

Lundi 7 janvier 2013, par lohann // Société générale

"Salaires, emploi : ça suffit !" : les syndicats de la Société Générale se mobilisent pour dénoncer la politique sociale du groupe bancaire. CFDT, CFTC, CGT, FO et SNB-CGC lancent un appel à la grève mercredi 8 janvier. Dans un communiqué, les représentants des salariés disent redouter "des centaines de suppressions de postes" et refusent "la volonté de la direction de réduire à zéro les augmentations collectives".

Pour la deuxième année consécutive, la direction refuse en effet d’accorder une augmentation collective, justifiant cette décision par une conjoncture difficile avec l’absence de distribution de dividendes l’an dernier. "Cette année, on imagine mal les actionnaires accepter de renoncer une seconde fois. Alors la direction nous sert la crise et les nouvelles réglementations qui obligent à avoir plus de fonds propres", explique Maryse Gauzet, déléguée nationale FO.

"Compenser l’érosion monétaire"

Si les syndicats acceptent de signer, la seule concession de la direction consiste en une prime de 300 euros pour les salariés gagnants moins de 36.000 euros par an. Ce qui représente environ 18.000 personnes sur les 40.000 qu’emploie la Société Générale. "Ce n’est pas acceptable. Nous n’avons pas de demandes démesurées. Nous savons que c’est la crise. Nous voulons simplement une compensation de l’érosion monétaire", rappelle Thierry Pierret, délégué national CFDT. C’est à dire rattraper l’inflation.

Mais la vraie inquiétude des élus se concentre sur la question de l’emploi. Un problème qui concerne l’ensemble du secteur bancaire où plusieurs milliers de postes ont été détruits ces dernières années. "Mais les directions jouent sur la pyramide des âges. Dans les réseaux, il suffit d’attendre ou d’anticiper les départs à la retraite. Cela se fait au compte-goutte mais les petits ruisseaux font les grandes rivières", estime Thierry Pierret. Pour lui, ces destructions d’emplois dans les services se déroulent dans l’indifférence générale : "Ça ne se voit pas et, en plus, nous ne sommes pas sympathiques aux yeux du public".

Pas de licenciements secs

Les syndicats s’alarment d’autant plus sur la question de l’emploi qu’ils observent depuis plusieurs années un lent mais régulier processus d’externalisation voire de délocalisation de leurs services informatiques notamment. Des négociations sont en cours à la Société Générale. Certains évoquent une réduction de la masse salariale de 10%, ce qui représente quelque 4.000 postes. Près de 2.500 départs en retraites sont donc prévus dans les réseaux, des suppressions "naturelles", ce qui laisse 1.500 postes à gérer, notamment dans les services centraux.

Aucun licenciement sec n’est envisagé. La mobilité doit jouer à plein, qu’il s’agisse de reclassements internes ou vers d’autres entreprises. Lors du plan social de 2012, 880 personnes devaient quitter la banque d’investissement (la BFI). La Société Générale avait alors été dépassée avec plus de 2.000 demandes de départ.
Du positif "très à la marge"

La négociation sur l’emploi à la Soc Gén comporte des volets positifs, notamment sur l’évolution des carrières, la formation interne ou l’amélioration des conditions de la mobilité. Mais les syndicats refusent de signer un chèque en blanc à leur direction. "Nous sommes d’autant plus sceptiques que si certains éléments vont dans le bon sens, on sait qu’ensuite il est toujours compliqué de faire appliquer les accords", s’inquiète Maryse Gauzet. Et Thierry Pierret d’enchérir : "Le positif est très à la marge. Le chapitre formation notamment n’est pas du tout à la hauteur".

Le secteur de la banque entame une marche forcée vers un nouveau modèle. Il est vrai que de plus en plus de clients gèrent leurs comptes directement par Internet. "Dans les faits, ce sont surtout des conditions de travail dégradées puisque nous sommes moins nombreux", estime Thierry Pierret, "le travail à faire reste le même". Malgré tout, lorsqu’elles sont trop proches les unes des autres, certaines agences des grands centres urbains pourront être amenées à fermer.

L’affaire Kerviel pour la Société Générale et plus largement la crise des subprimes ont terni l’image des banques. Clients méfiants, personnels démoralisés : le secteur aura fort à faire en 2013 pour lutter contre ce désamour.

Le 7 Janvier 2013 - Le Nouvel Observateur

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