Doux licencie dur

Dimanche 3 juin 2012, par Victor Morrisset // Doux

Le groupe Doux, leader européen de la volaille, en graves difficultés financières, a indiqué qu’il pourrait déposer son bilan dès vendredi et demander à être placé en redressement judiciaire s’il ne parvenait pas à trouver un compromis avec ses créanciers. "Deux solutions se présentent à nous : un accord avec nos partenaires ou l’annonce d’un redressement judiciaire", qui l’un comme l’autre pourraient avoir lieu vendredi, a déclaré jeudi un porte-parole du groupe. Des discussions ont été engagées jeudi au ministère du Redressement productif entre le leader volailler européen et ses créanciers. La direction du groupe familial devait se réunir d’ici à vendredi matin pour arrêter sa décision, a précisé cette source.

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a déclaré qu’il voulait "absolument éviter que la filière volaille française [...] soit déstabilisée". Le ministre a indiqué, dans un communiqué jeudi soir, suivre "avec une attention particulière la situation des 800 éleveurs qui sont les fournisseurs du groupe". Un éventuel redressement judiciaire serait demandé "le plus rapidement possible" et serait "bénéfique à deux titres : il apporterait une bouffée d’oxygène, car la dette ne serait plus exigible, et il créerait un cordon sanitaire entre la France et le Brésil", pays siège d’une filiale très déficitaire, a détaillé le porte-parole. Dans l’hypothèse d’un dépôt de bilan, "on est en train de travailler à une solution visant à protéger les fournisseurs stratégiques et les éleveurs dans le cadre d’une potentielle utilisation de cette procédure. C’est une priorité", a assuré le porte-parole. Les producteurs de volaille ont appelé jeudi à une "nouvelle discussion" avec Doux, s’inquiétant notamment "du niveau des encours" supportés par les éleveurs. La Confédération française de l’aviculture (CFA) a dénoncé des délais de paiement allant "jusqu’à 120 jours".

3 400 salariés

Doux, qui emploie 3 400 salariés en France et a annoncé jeudi la nomination d’un nouveau directeur général délégué, Jean-Charles Doux, fils du P-DG Charles Doux, a une dette globale de quelque 437 millions d’euros, selon la CGT, dont plus de 200 millions d’euros provenant de sa filiale brésilienne Frangosul. Le groupe a récemment cédé la gestion de cette filiale au géant brésilien de la viande JBS Friboi tout en continuant à en assumer la dette. Numéro cinq mondial à l’exportation, Doux devait voir son chiffre d’affaires stagner à 1,4 milliard d’euros en 2011, selon des prévisions datant du mois de novembre. En 2010, il s’était élevé à 1,406 milliard d’euros. Mi-avril, le Fonds stratégique d’investissement (FSI) avait renoncé à entrer dans le capital de Doux, estimant que le groupe n’avait "pas respecté ses engagements de transparence et a[vait] rompu la confiance indispensable", selon une information du quotidien économique Les Échos. Fin 2010, Doux avait déjà dû renoncer à un projet d’emprunt obligataire de 400 millions d’euros en raison de conditions jugées trop difficiles sur les marchés financiers.

Détenu à 80 % par la famille Doux et à 20 % par BNP Paribas, le groupe est le principal bénéficiaire français de la politique agricole commune (PAC), avec 59 millions d’euros d’aides versés lors du dernier exercice. Spécialisé dans les volailles entières, les découpes de volaille et les produits élaborés à base de volaille, Doux revendique des clients dans 130 pays. Selon les analystes, le groupe, marqué par une faible rentabilité, a particulièrement souffert de la guerre des prix dans la volaille industrielle, et par la hausse des coûts de l’alimentation. Le groupe, non coté, ne publie pas le détail de ses comptes.


Le Point, le 1er juin 2012

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