Des plans sociaux reportés pour cause de présidentielle ?

Dimanche 29 avril 2012, par Victor Morrisset // actualité générale

Le gouvernement fait pression sur Areva, PSA cale son calendrier sur celui de l’élection : depuis janvier, le nombre de plans sociaux baisse.

Après Lejaby, c’est Photowatt que Nicolas Sarkozy se félicite d’avoir sauvé. Avant de trouver un repreneur pour la Sernam. Et un autre pour La Fonderie du Poitou : Saint-Jean Industries. Seul hic, ce dernier racheteur a déjà investi dans des fonderies à Vénissieux, avant de les fermer quatre ans après.

Les plans de sauvegarde de l’emploi se font moins nombreux depuis le début de l’année : 135 en janvier et février, contre 164 pour la même période en 2011 et 225 en 2010, selon les données [PDF] du service statistique du ministère du Travail (Dares). Sont-ils simplement reportés, présidentielle oblige, ou bel et bien annulés ?

Les grands groupes ne démentent pas

Le site du magazine économique Challenges alertait le 15 février :

« Alexandre Bompard (Fnac) ou encore Luc Oursel (Areva) ont reçu des instructions pour repousser de quelques mois leurs projets de licenciement. [...] PSA avait à l’automne annoncé une réduction de la voilure. Sur les conseils de la rue de Grenelle, le groupe ne fera aucune communication qui puisse inquiéter les salariés d’ici à mai 2012. »

François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, confirmait sur Public Sénat le 21 février, mais sans donner de noms :

« Je rencontre régulièrement des chefs d’entreprise et des DRH. Ils me disent, certains, que, toutes les semaines, le ministère du Travail leur téléphone pour leur demander leur intention vis-à-vis de l’emploi et leur dire que s’ils avaient des intentions de licencier, qu’ils les reportent à plus tard. »

Ce que Xavier Bertrand démentait avec véhémence le lendemain. Pourtant, la journaliste de Challenges explique ne pas avoir reçu de démenti officiel de la part des entreprises citées dans son article.

Contactée, la direction de la Fnac assure ne réserver aucune mauvaise surprise. Elle a annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) de 310 postes, qu’elle doit réviser suite aux remarques de l’Inspection du travail.

PSA : l’usine d’Aulnay menacée

« Plan social et décroissance : 2013 et arrêt courant 2014. » Ce n’est pas une annonce officielle, mais une ligne discrète relevée dans un document interne à PSA Peugeot-Citroën. Une étude confidentielle dans laquelle l’élection présidentielle est directement évoquée :

« Ce calendrier est cohérent avec les orientations du CDG de janvier 2010 situant la fenêtre d’annonce possible, dans le calendrier électoral français, au 2e semestre 2012. »

Contactée, l’entreprise dément, dénonçant une note « caduque ». Jean-Pierre Mercier, délégué CGT chez PSA, répond avoir demandé à la direction le document de travail valide :

« En vain. Surtout, tout s’est passé comme indiqué dans la note jusque-là. »

Le syndicaliste parle d’une « très lourde réorganisation industrielle », qui vise à transférer la fabrication des modèles de voitures d’une usine à l’autre, par un jeu de chaises musicales, pour finir par faire cesser l’activité de l’usine d’Aulnay, qui emploi 3300 salariés en Seine-Saint-Denis.

C’est ce qui est prévu dans un autre document confidentiel du groupe, qui évoque Aulnay comme « site d’ajustement privilégié », scénario chiffré à l’appui [voir document ci-dessous].


« Efficacité industrielle » : document de la direction des programmes et de la stratégie automobile à PSA Peugeot-Citroën, daté du 13 juillet 2010

Un autre document caduque, répond-on chez PSA. Le 6 mars 2012, Denis Martin, le directeur industriel de PSA Peugeot-Citroën, déclarait pourtant que le constructeur comptait régler ses problèmes de « surcapacités » de production en Europe « entre fin 2012 et 2014 » :

« Donc, dans les dix-huit mois, deux ans, notre efficacité opérationnelle en Europe sera résolue. »

Lors d’une réunion organisée le 6 avril avec l’Etat et la direction de PSA, les syndicats de PSA d’Aulnay ont demandé que PSA s’engage par écrit à maintenir tous les emplois au moins jusqu’à la fin 2016 (fin officielle de fabrication de la C3) et à attribuer un nouveau véhicule pour remplacer la C3.

Areva : des revirements à la chaîne

Fin novembre 2011, les salariés d’Areva s’inquiètent un peu partout en France. L’AFP annonce des suppressions d’emplois dans le cadre du « plan d’action stratégique » du groupe nucléaire français, citant des sources proches du dossier.

Branle-bas de combat. Le lendemain, à l’issue d’une réunion d’urgence avec le patron du groupe nucléaire, le ministre de l’Economie, François Baroin, déclare qu’il n’y aura « aucune suppression de poste, aucun plan de départ volontaire ».

Et pourtant : le 12 décembre, Areva prévoit une réduction de ses effectifs dans l’Hexagone via un gel des recrutements qui se traduirait par 1 000 à 1 200 départs naturels par an, rapporte La Tribune. Soient 5 000 à 6 000 suppressions de postes d’ici 2016 si la mesure est étendue sur l’ensemble de la période visée par le plan d’action stratégique.

Une estimation qui est aujourd’hui revue à la baisse. Contacté, le groupe évoque un gel de 250 recrutements par an :

« Pour une période non décidée. La mesure peut durer une année ou être répétée chaque année jusqu’en 2016. Nous ajusterons selon l’activité. Ceux qui ont annoncé 1 200 suppressions ont peut-être inclus les suppressions de postes en Allemagne dans leurs chiffres. »

Nouvelle pression ? Lors du comité de groupe France Areva du 21 mars, la question d’une éventuelle intervention de l’Etat a été posée, raconte Patrick Lescure, délégué central CGT :

« Il nous a répondu qu’il n’y avait eu aucune rencontre, aucun contact avec le ministre du Travail. »

Faire traîner

Faire traîner, changer d’orientation à répétition, telle semble être l’attitude retenue par les grandes entreprises sur le point de couper dans les budgets.

Chez Cofinoga, le plan social annoncé le 20 janvier pour 433 salariés tarde à se préciser et ne peut donc être négocié, déplore Lionel Azougalhi, délégué CFDT et porte-parole de l’intersyndicale.

Comme à la SNCM : le président du conseil de surveillance a évoqué début avril la menace d’un plan social de 800 emplois. Sans donner de dates.

Groupama, de son côté, compte économiser 400 millions d’euros. « Sans toucher à la masse salariale », a compris Philippe Goret, pour la CGT :

« Logiquement, les mesures auraient dû être mises en œuvre début 2012. Ça n’est pas le cas. La direction a dû préférer hiérarchiser les priorités. »

Reporter la fermeture

Dans les entreprises de moindre taille, la stratégie consiste davantage à décaler de quelques mois la date couperet :

  • l’usine de composants électroniques Freescale, qui emploie 821 salariés, reporte ainsi à juin 2012 sa fermeture ;
  • quand le raffineur Petroplus, de Petit-Couronne, placé en redressement judiciaire, décroche un contrat de six mois avec Shell. Nicolas Sarkozy s’en attribue la responsabilité ;
  • Albany, qui fabrique des tissus techniques, renonce de son côté à la fermeture immédiate de son usine de Saint-Junien.

Les banques, elles, ne s’embarrassent pas et mettent d’ores et déjà en place des PSE, qu’elles expliquent par la crise économique. Mais dans les secteurs porteurs aussi, on licencie. Nokia Siemens Network, spécialisée dans les réseaux mobiles, a annoncé début mars la suppression de 186 postes sur 460 en France. Une réduction de 40% des effectifs.


Elsa Fayner
Rue89 - Eco, le 19 avril 2012

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