New Fabris : toujours chômeurs, bientôt en fin de droits

Mardi 10 avril 2012, par Victor Morrisset // New-Fabris

Le 31 juillet 2009, épuisés par plus d’un mois de lutte et face à l’intransigeance de Renault et PSA, les salariés de New Fabris jettent l’éponge. Munis d’une maigre prime de 12 000 euros et d’un contrat de transition professionnelle (CTP) leur accordant un an d’indemnités chômage à 95% de leur salaire, ils partent s’inscrire en masse à Pôle emploi.

Christian Estrosi, alors ministre de l’Industrie, se félicite dans les colonnes du Journal du dimanche daté du 2 août :

« Contrairement à ce que disent ceux qui veulent toujours plus, les salariés de New Fabris auront tous les atouts en main pour envisager au mieux l’avenir. […] Je vais tout mettre en œuvre pour contribuer à y créer 400 emplois dans les six à huit mois. »

Las, les 400 emplois n’ont jamais vus le jour. Et trois ans plus tard, seulement 60 des 366 salariés (16%) de New Fabris ont été embauchés en CDI.

Felipe Diaz, chef de ligne pendant douze ans chez New Fabris, n’a pas travaillé depuis son licenciement. « Je suis inscrit dans toutes les agences d’intérim de Châtellerault, j’ai encore un rendez-vous demain à Pôle Emploi, je suis prêt à prendre ce qu’on me propose », explique-t-il :

« Je fais plus jeune que mon âge, alors quand j’arrive dans une agence d’intérim ils m’accueillent en souriant. Mais dès qu’ils découvrent que j’ai 58 ans, ils mettent mon dossier sous la pile. »

Depuis trois ans, sa femme et lui se serrent la ceinture. Il a troqué son ancienne voiture contre un modèle plus économique. Mais cet ancien antiquaire ne veut pas baisser les bras :

« J’ai travaillé pendant vingt-sept ans à mon compte. Eugène Fabris, le fondateur de l’entreprise, était un de mes clients. J’avais 45 ans quand il m’a embauché. Ma retraite, je ne la toucherai pas avant 70 ans. Je dois trouver du boulot. »

L’âge, principal handicap des ex-Fabris

En 2009, un tiers des 366 salariés avait plus de 50 ans. Aujourd’hui, ils sont les plus durement frappés par le chômage.

Martine Challumeau, ouvrière licenciée, a décidé de se reconvertir. « A Pôle Emploi, ils me proposait les services à la personne. Mais à mon âge, après 36 ans d’usine, je ne peux pas soulever des personnes âgées » soupire-t-elle. Martine a donc choisi de devenir assistante maternelle. Mais les enfants à garder se font rares… Elle vit donc de petits boulots.

Dominique Laroche, ancien cadre de 58 ans, espère trouver un emploi avant mai 2013. A cette date, ses allocations chômage prendront fin. Ensuite, c’est l’inconnu. Il n’est même pas sûr de pouvoir toucher le RSA.

Trois ans après la fermeture de leur usine, les anciens Fabris au chômage font aujourd’hui face à une nouvelle épreuve : la perte des allocations versées par les Assedic. La plupart arriveront en fin de droits en juillet. S’ils ne trouvent pas d’emploi, beaucoup ne savent pas comment ils pourront joindre les deux bouts.

Ceux dont le mari ou la femme travaillent ne toucheront pas ou peu de RSA. Et tous voient reculer leur âge de départ en retraite suite à la réforme adoptée par le gouvernement en 2010.

Pourtant, Christian Estrosi l’avait promis : les salariés de New Fabris avaient « tous les atouts en main pour envisager au mieux l’avenir »…


Amélie Cano/Youpress
Onde(s) de chos - Blog Rue 89, le 08 avril 2012

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