Albany (Haute-Vienne) : occupation contre la fermeture du site et les licenciements

Lundi 27 février 2012, par Victor Morrisset // Albany

Malgré la bonne santé de leur usine, et les 4 millions d’euros de bénéfices dégagés en 2011, les 133 salariés du site français d’Albany International de Saint-Junien viennent d’apprendre leur licenciement.

Colère des élus et des salariés de l’usine de tissage Albany-Cofpa de Saint-Junien, en Haute Vienne. Ils se sont rassemblés lundi pour protester contre la fermeture du site et la suppression de 133 emplois. L’usine appartient au groupe américain Albany International. "Pourquoi fermer un site qui n’a jamais connu la crise ?", s’est interrogé Christophe Sardin, représentant CGT des salariés qui occupent l’usine de Saint-Junien depuis vendredi soir. Une réunion était programmée lundi après-midi à la sous-préfecture de Rochechouart (Haute-Vienne) entre salariés et représentants de la direction.

Spécialisée dans la fabrication de toiles techniques non tissées servant de base à la fabrication de mouchoirs en papier, lingettes et couches-culottes, cette usine de 6 000 mètres carrés construite en 2004 (12 millions d’euros) pour remplacer la précédente trop exiguë, a dégagé un chiffre d’affaires de 21 millions d’euros en 2011 et 4 millions de bénéfices.

Colère des élus locaux

L’annonce de la fermeture, jeudi, a provoqué la colère des élus locaux, la communauté de communes ayant, selon eux, racheté en 2004 les anciens locaux de l’entreprise, cédé un terrain et pris en charge les aménagements de voirie de desserte du site, soit un investissement de 1,5 million d’euros.

Dans une lettre adressée à Nicolas Sarkozy dont l’AFP a eu copie lundi, le maire de la commune, Pierre Allard (Alternative démocratie socialisme), a demandé au chef de l’Etat "d’intervenir (...) pour convaincre les dirigeants du groupe de changer de stratégie afin que l’économie réelle ne soit plus au service de la finance et des actionnaires mais bien au service des entreprises". "Loin de toute rationalité économique cette fermeture naît simplement d’une logique financière de rentabilité", souligne l’élu affirmant que le site affiche un "taux de rentabilité de 17%" tandis que "les dividendes d’Albany international, détenu à 50% par un fonds de pension américain, sont passés entre 2001 et 2010 de 0,05 USD par action à 0,51 USD".

La présidente PS du conseil général de la Haute-Vienne, Marie-Françoise Perol-Dumont, a jugé "inacceptable la captation de fonds publics sans contrepartie d’engagement sur la pérennité du site". "Quand on voit la qualité des installations, le niveau technologique des machines et la qualification des ouvriers, il y a de quoi se demander si la direction qui veut fermer ce site n’est pas tombée sur la tête", a renchéri le président PS de la région Limousin, Jean-Paul Denanot, également présent parmi les manifestants.

Selon la direction d’Albany International France, basée à Sélestat (Bas-Rhin), le projet de fermeture fait suite à une "détérioration de la conjoncture qui contraint la société à envisager de concentrer ses capacités de production sur son site de Sélestat" qui "présente aussi l’avantage de se trouver à proximité de l’un de ses marchés majeurs, l’Allemagne". "On préserve 240 emplois sur le site de Sélestat, on maintient quand même des emplois en France", a insisté lundi Rémy Kaiser, directeur général d’Albany International France, qui récuse les chiffres d’investissement avancés par les collectivités locales. Il a par ailleurs indiqué que la direction avait procédé au "blocage des machines sur le site pour des raisons de sécurité". Albany International, spécialisé dans les tissus techniques, notamment pour l’industrie papetière, emploie 4.300 personnes dans onze pays. En 2009, le groupe, dont le siège est dans le New Hampshire, avait procédé à la fermeture d’une usine à Ribérac (Dordogne), entraînant la suppression de 91 emplois.


L’Expansion - AFP le 27 février 2012

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