Désindustrialisation : près de 900 usines françaises ont été fermées en trois ans

Mercredi 28 décembre 2011, par cclpv // actualité générale

La crise de 2008-2009 a violemment accéléré la désindustrialisation de la France. Près de 900 sites industriels ont fermé leurs portes en trois ans, selon les chiffres de Trendeo pour « Les Echos ». Et le nombre d’emplois supprimés remonte nettement depuis quelques mois.

Dans l’Aude, c’était le projet industriel phare. Georges Frêche, l’ancien président de la région Languedoc-Roussillon, s’était battu pendant des années pour que l’investissement se concrétise. En mars encore, l’affaire semblait en passe d’aboutir. Mais la raffinerie d’huile de palme envisagée à Port-la-Nouvelle, près de Narbonne, est aujourd’hui dans les limbes. Sime Darby, le producteur malaisien qui devait injecter 200 millions d’euros, a tout gelé pour au moins un an. Il l’a annoncé aux responsables régionaux peu avant Noël. Il faut dire que l’huile de palme est un produit de plus en plus contesté à cause de la déforestation qu’entraîne son essor et certains grands clients de l’agroalimentaire s’en détournent. Sur place, les écologistes étaient montés au créneau. Tant pis pour les 50 à 200 emplois qui auraient pu être créés...

L’histoire de cette raffinerie fantôme offre un saisissant résumé de la situation de l’industrie en France. Elle n’a pas disparu. Il y a toujours des projets, et nombre d’entre eux se concrétisent, heureusement. Mais ils sont de plus en plus rares, incertains. Et ils ne compensent pas, loin de là, les fermetures d’usines et les réductions d’effectifs dans les sites existants. C’est ce que montrent les données collectées par l’observatoire de l’investissement Trendeo pour « Les Echos ».

Le délitement du tissu industriel français a commencé il y a longtemps. « L’industrie manufacturière française a commencé à détruire des emplois dès le premier choc pétrolier de 1973 », rappellent Patrick Artus et Marie-Paule Virard dans « La France sans ses usines » (Fayard, 2011). Mais la crise de 2008-2009 a violemment accéléré le mouvement. Depuis trois ans, quelque 880 annonces portant sur la fermeture d’un site industriel ont été enregistrées par Trendeo, dont environ 400 en 2009, l’« année terrible » et encore près de 200 en 2011. Au-delà de quelques grands chocs très médiatisés, comme chez ArcelorMittal à Gandrange ou chez Molex à Villemur-sur-Tarn, il y a surtout eu une nuée d’affaires bien plus discrètes. A l’image de l’arrêt de l’usine de boîtes de conserve Crown Emballage de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), qui vient d’être annoncé pour 2012 aux 40 salariés concernés.

Pendant ces trois mêmes années, seules 494 créations de sites ont été recensées. Bilan : la France compte environ 385 usines de moins aujourd’hui qu’au début de 2009. La mutation du dispositif industriel ne se lit pas seulement dans les ouvertures et fermetures d’usines. En trois ans, Trendeo a aussi repéré 870 décisions d’extensions de sites industriels tricolores. Mais, là encore, ces bonnes nouvelles ne contrebalancent pas les 1.170 annonces de réduction des effectifs enregistrées dans le même temps.

Saignée dans l’automobile

Au final, entre les postes créés et ceux supprimés, près de 100.000 emplois industriels ont été perdus en France ces trois dernières années, indique Trendeo. Un décrochage qui rappelle la période de 1978 à 1985 et ses cataclysmes industriels comme Creusot-Loire ou Manufrance. « Alors que, dès 2010, l’économie française prise globalement a recommencé à créer des emplois, l’industrie continue d’en supprimer », souligne David Cousquer, le gérant de l’observatoire. Le secteur aéronautique, entraîné par Airbus, l’agroalimentaire et le luxe sont certes restés créateurs nets d’emplois. Mais cela n’a pas suffi du tout à compenser les saignées qui ont frappé l’automobile (près de 30.000 postes rayés de la carte en trois ans), la pharmacie, la high-tech, la chimie ou encore la métallurgie. En cause, notamment : des coûts salariaux trop élevés, des produits milieu de gamme qui peinent à s’exporter et une innovation insuffisante. Malgré des coûts équivalents, l’industrie allemande s’en sort bien mieux.

L’année 2012 s’annonce difficile. La reprise des projets, des embauches, etc., constatée à partir de l’été 2010 s’est interrompue depuis plusieurs mois déjà. Légèrement créatrice d’emplois pendant deux trimestres, l’industrie a recommencé à en détruire depuis cet été et la crise des dettes publiques. Le phénomène s’amplifie actuellement, « du fait à la fois d’une baisse du nombre d’emplois créés et d’une légère reprise des suppressions d’emplois », note Trendeo. Le plan présenté par PSA pour réduire son effectif de plusieurs milliers de personnes en annonce sans doute d’autres.

Les Echos - 28 décembre 2011

Répondre à cet article