Investissements suspendus et embauches gelées : Areva s’offre une cure

Mercredi 14 décembre 2011, par Victor Morrisset // Areva

Areva va se serrer la ceinture. Le groupe a détaillé mardi un vaste plan d’économies, annoncé en partie lundi aux syndicats. L’impact de ce plan sur ses effectifs est l’objet de beaucoup d’inquiétudes, la CGT annonçant 1200 postes non-remplacés. La catastrophe de Fukushima, entre autres, a contraint le géant à revoir à la baisse ses perspectives.

Le groupe a annoncé mardi vouloir vendre dix EPR d’ici 2016, tout en confirmant la suspension des investissements en France, aux Etats-Unis et en Afrique. Cette décision menace de facto l’extension de plusieurs sites français dont le site de La Hague (Manche), de l’usine Melox (Gard), de l’usine d’enrichissement d’Eagle rock aux Etats-Unis et de trois gisements africains de l’ex-Uramin.

Concernant l’emploi, Areva a annoncé le gel des embauches en 2012 dans les fonctions non-industrielles tandis que le chiffre de 1200 emplois non-remplacés en France, avancé par la CGT, a été jugé de « fantaisiste » par le ministre de l’Industrie Eric Besson, sur Europe 1. Interrogée lundi, la direction du groupe nucléaire français Areva a simplement assuré que « personne ne verrait son emploi supprimé en France ».

REDUCTION DES COUTS

- Un milliard d’euros d’économies annuelles à partir de 2015. Gel des embauches en 2012 dans les fonctions non- industrielles, confirmées par le groupe, une mesure qui entraînerait le non-remplacement de 1.200 personnes en France selon la CGT. La direction a également annoncé le gel des embauches de personnel administratif. Elle avait déjà confirmé aux syndicats plus de 1.200 suppressions d’emplois en Allemagne.

- Cessions pour 1,2 milliard d’euros. 

DE LOURDES PERTES POUR 2011

- Areva prévoit une perte opérationnelle de 1,4 à 1,6 milliard d’euros (perte de 423 millions en 2010), en raison notamment d’une énorme dépréciation d’actifs (2,36 milliards d’euros).

TROU MINIER EN AFRIQUE ET DEMANTELEMENT DE SITES FRANCAIS

- Le gros de cette provision de 2,36 milliards est liée aux mines africaines (Namibie, Centrafrique, Afrique du Sud) de la société canadienne UraMin, achetée en 2007. Ces actifs sont dépréciés de 1,46 milliard d’euros, ramenant leur valeur à 410 millions d’euros, soit cinq fois moins que leur prix d’acquisit ion.

- Le reste des 800 millions de provisions inclut 150 millions de plus pour le chantier du réacteur EPR d’Olkiluoto en Finlande (soit un total de près de 2,8 milliards pour ce seul projet), et 400 millions pour l’arrêt et le démantèlement de sites français en fin de vie.

DES OBJECTIFS ECONOMIQUES REVISES

- Areva s’attend désormais à une baisse de 2% de son chiffre d’affaires en 2011, à 8,9 milliards d’euros. Le carnet de commandes devrait atteindre 44 milliards d’euros fin 2011, soit 200 millions de moins qu’en 2010.

- Areva a annoncé mardi la suspension de ses investissements en France, aux Etats-Unis et en Afrique. Le groupe va ramener ses investissements à 7,7 milliards d’euros d’ici 2016, soit un tiers de moins que le montant programmé auparavant, qui était de 12 milliards selon un document interne obtenu par l’AFP.

- Pour 2012-2013, Areva prévoit une croissance du chiffre d’affaires de 3 à 6% par an dans le nucléaire et 5% à 8% pour la période 2014-2016.

- Le groupe vise un chiffre d’affaires de sa nouvelle division dédiée aux énergies renouvelable de 750 millions d’euros en 2013 et 1,25 milliard en 2015.

OBJECTIFS DE VENTE

- Areva espère vendre 10 nouveaux réacteurs nucléaires EPR dans le monde entre 2012 et 2016, soit 2 par an dans les cinq prochaines années, a annoncé mardi son président Luc Oursel.

- Areva est déjà en négociations pour la fourniture de nouveaux réacteurs en Chine, en Inde, en France et aux Etats-Unis, et participe à des appels d’offre en Grande-Bretagne, Finlande, République Tchèque et Jordanie. De nouveaux appels d’offres son attendus dans 9 pays dans les trois à cinq ans.

- Areva a vendu pour le moment quatre réacteurs de type EPR dans le monde (Olkiluoto en Finlande, Flamanville en France, et Taishan 1 et 2 en Chine). Le groupe nucléaire avait échoué fin 2009 à remporter un appel d’offres majeur pour quatre réacteurs à Abou Dhabi.

Avant l’annonce du plan, la cotation à la Bourse de Paris avait été suspendue

Dans la journée, de lundi, la cotation de l’action Areva a été suspendue temporaire à la demande du groupe nucléaire français par l’opérateur Nyse Euronext ce lundi à la Bourse de Paris. A la reprise de la cotation, l’action chutait de 5%.

Mais selon Eva Joly, Areva « a besoin d’un plan de reconversion, pas d’un plan d’austérité ». Pour la candidate écologiste à la présidentielle, « le déclin du nucléaire français est une tendance lourde que le président Nicolas Sarkozy, VRP de luxe de l’atome, n’a pas réussi à enrayer. Allons-nous faire les mêmes erreurs que par le passé avec l’industrie minière ou les chantiers navals ? »

Le Parti socialiste et les Verts ont passé un accord en vue de la présidentielle dans lequel il est prévu de baisser la part de production d’électricité d’origine nucléaire.

Le Parisien du 13 décembre 2011

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