Sursis de deux ans pour la raffinerie LyondellBasell

Lundi 10 octobre 2011, par cclpv // LyondellBasell

L’intersyndicale et la direction du site de Berre ont signé un accord de sortie de crise.

Des larmes. Pour ce que certains appellent sans hésiter "une victoire". Hier, à Berre-l’Etang, sur le site de la raffinerie de LyondellBasell - que beaucoup croyaient à jamais condamnée - une infime lueur d’espoir a jailli, non sans grande émotion. Après le bras de fer engagé le 27septembre avec la direction, à la suite de l’annonce de fermeture de la raffinerie du site pétrochimique, les actions coup de poing ont laissé place au dialogue, offrant un temps de répit.

C’est à l’issue d’âpres négociations, menées, vendredi à Paris, durant près de 18 heures, que l’intersyndicale a décidé d’avancer son assemblée générale initialement prévue demain, à hier, pour faire une annonce capitale, "ouvrant une porte" de sortie au conflit.

Mises en place de groupes de travail

Il est midi, lorsque Patrick Sciurca, porte-parole de l’intersyndicale, s’avance à la tribune, ému, devant tous les salariés prévenus quelques minutes auparavant par un SMS ou un appel. Ce sont eux, ces grévistes "persévérants et solidaires" dans la tourmente, qui ont d’abord été salués pour "leur exemplarité" ; avant que la nouvelle tant attendue ne tombe enfin : "Nous avons obtenu la mise sous cocon de la raffinerie jusqu’à fin 2013." En clair, il s’agit d’une procédure d’arrêt des installations censée permettre un redémarrage ultérieur. Un sursis de deux ans donc pour la raffinerie et pour les quelque 370 salariés, dont l’emploi était menacé.

"Le plus important était d’essayer d’éviter la fermeture et nous avons réussi à obtenir un délai supplémentaire, souligne Patrick Sciurca qui, quelques minutes plus tôt, avait lui aussi craqué. Pour nous, c’est une grande victoire, car généralement, dans le cadre de fermeture de raffineries, on n’a jamais vu un processus s’inverser. Là, nous sommes passés d’une position irréversible, à une position réversible". Ainsi, l’accord intervenu vendredi prévoit un redémarrage de raffinerie dans les jours à venir. Elle restera en activité jusqu’au 31 décembre, date à partir de laquelle va s’engager la mise sous cocon, "afin qu’elle puisse redémarrer à tout moment et le plus tôt possible durant ces deux ans". Une première sur ce site et sur une si grande unité.

Durant cette période, des groupes de travail vont plancher sur les suites possibles et des solutions. Un redémarrage pourrait intervenir dans ce laps de temps, s’il y a une amélioration des marges, "si la direction comprend que l’impact de la fermeture nuit à l’aval", ou si la raffinerie trouve acquéreur, puisque la procédure de vente est toujours ouverte.

Le plan social jusqu’en 2016

Néanmoins, la mise sous cocon entraîne fatalement la réduction des effectifs, "mais là aussi, il est prévu un groupe de travail qui doit se réunir d’ici à trois mois pour fixer le nombre de salariés nécessaires pour maintenir cette unité sous cocon", reprend le syndicaliste.

Si la raffinerie est en sursis, les négociations ont permis la sauvegarde des acquis sociaux. Un plan social courant jusqu’en juillet 2016 va être mis en place pour l’ensemble des salariés, y compris les 1200 employés des 7 unités chimiques, en plus des raffineurs. Les premiers licenciements pourraient intervenir à partir du 1er avril, mais du côté de l’intersyndicale, "on pense sincèrement qu’il y aura peu de personnes concernées par un licenciement pur et dur. Il y aura surtout des reclassements sur d’autres sites et des départs en préretraite. Ce plan social couvre toutes les cotisations du site jusqu’en 2016, permet un reclassement au sein du groupe, et si par hasard la société n’était plus viable ou en liquidation, l’ensemble des personnels serait couvert."

Les 600 salariés présents à l’assemblée générale ont voté, hier, la levée du blocage de la raffinerie et des autres unités de Berre et de Fos. Éric Besson, ministre de l’Industrie, s’est félicité de l’accord entre la direction et les syndicats, et a demandé à LyondellBasell de présenter "dans les meilleurs délais un programme clair d’investissements pour assurer la pérennité de l’activité du site pétrochimique."

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LES TEMOIGNAGES

"Une petite victoire" teintée d’amertume pour certains

Nicolas aimerait voir son avenir sur le site pétrochimique de Berre-l’Étang, mais il n’y croit plus tellement. Malgré l’annonce faite, hier, de "la mise sous cocon" de la raffinerie et d’un reclassement des salariés plutôt que des licenciements, le jeune homme reste sceptique. "Je nage entre deux eaux, je ne sais pas très bien quoi penser de tout ça, confie-t-il, le visage fermé, à l’issue des différents discours des délégués syndicaux. C’est vrai que ça laisse un peu de répit, je suis déçu de la direction de LyondellBasell, mais je salue le travail de l’intersyndicale qui nous a défendus." Lui ne parle pas de "grande victoire", contrairement à Patrick Sciurca, le porte-parole de l’intersyndicale, mais de "petite. C’est quand même une victoire collective, car elle a permis de resserrer les liens entre nous. Maintenant, est-ce que c’est de la poudre aux yeux ? Je ne sais pas", l’air de dire qu’il craint bien que la réponse soit affirmative. S’il paraissait serein, hier, il avoue être amer et avoir de la colère, "depuis des mois. Avec tout ce qu’on a donné et qu’on donne pour cette raffinerie, ce qui se passe c’est dur à encaisser". Lui qui a treize ans d’ancienneté dans l’entreprise souhaite évidemment que dans le plan social engagé, il y ait peu de licenciements. Mais il risque de ne pas attendre que ça lui arrive. "Je pense que je vais réfléchir à des solutions alternatives, comme chercher du travail ailleurs, même si c’est ici que j’aimerais rester."

Si Nicolas a voté la reprise du travail, ce n’est pas le cas de Laurent, qui s’est abstenu. Dix-sept ans qu’il est pupitreur à la raffinerie, et, hier, après dix jours de grève, il n’a pas eu les réponses à ses interrogations. "C’est bien beau de dire que la raffinerie pourrait repartir, mais si le personnel est reclassé dans d’autres unités, qui va la redémarrer ?", lance-t-il, sans toutefois perdre le sourire.

Et son camarade Jacques, trente ans de boîte à son actif, de poursuivre : "D’une part, un redémarrage c’est très technique, s’il n’y a pas les effectifs pour le faire… On n’est pas une usine à bonbons. D’autre part, pour le plan social, pour ceux qui sont proches de la retraite, en serrant un peu les fesses, ça peut passer, mais pour les autres, les plus jeunes, que va-t-il advenir ?" C’est bien l’avenir qui le dira.

La Provence - 9 octobre 2011

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