Le vaisseau Beaubourg dans la tempête

Jeudi 10 décembre 2009, par cclpv // Musées

Fer de lance de l’opposition à la révision des politiques publiques dans le domaine de la culture, le Centre Pompidou est fermé depuis trois semaines.

Dans un amphithéâtre bondé, 200 employés du Centre Pompidou ont voté la poursuite de la grève jeudi 10 décembre, comme tous les matins depuis le 23 novembre, arc-boutés contre la révision générale des politiques publiques (RGPP) engagée par Matignon, qui prévoit le non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux.

La quasi-totalité des musées et monuments nationaux touchés par le conflit ont aujourd’hui rouvert gratuitement comme à Orsay, au Louvre, et, le matin, à Versailles où des grévistes bloquent l’accès aux caisses, mais Beaubourg reste ostensiblement fermé. La direction du centre a déjà perdu 900.000 € de recettes et voit avec inquiétude le préavis de grève courir jusqu’au 3 janvier…

Pourquoi cette cristallisation à Beaubourg, qui fut longtemps le navire amiral de la politique culturelle française, le premier à avoir conquis une semi-autonomie avec son statut d’établissement public, bien avant le Louvre ou l’Opéra de Paris ? À cause de sa jeunesse. Ouvert en 1977, le centre a recruté alors une bonne part de ses 1.108 salariés, une génération qui arrive aujourd’hui à l’âge de la retraite. La RGPP n’y entraînerait pas moins de 26 suppressions d’emplois en 2010 (chiffre ramené à 18 au début du conflit), 23 en 2011, autant en 2012, soit 6 % des effectifs en trois ans, et près de 200 en une décennie.
"On réduit nos effectifs alors que doit ouvrir, en 2010, le Centre Pompidou à Metz"

Or, Beaubourg est loin d’être en sureffectif. En 2006, après déjà trois semaines de grève, le ministère de la culture avait consenti à lui accorder 65 créations de postes sur trois ans pour combler des manques criants. « Avec la RGPP, tout est remis par terre », soupire Concetta Collura, attachée de conservation et déléguée CFDT.

Sauf que le conflit de 2006 a aussi créé à Beaubourg une solidarité particulière. Aujourd’hui, la grève y repose par roulement sur une vingtaine de salariés, surtout des agents de sécurité, soutenus grâce à une caisse de solidarité. Et pour la première fois dans l’histoire du centre, la totalité des conservateurs, à l’exception des quatre directeurs adjoints et du directeur du musée, ont soutenu le mouvement dans une lettre adressée le 26 novembre au ministre de la culture. Ils y dénoncent « les conséquences catastrophiques de la RGPP au Centre Pompidou », tandis que le « budget d’acquisition des œuvres s’est effondré depuis 2006 de près de 30 % ».

« On réduit nos effectifs alors même que doit ouvrir, en 2010, le Centre Pompidou à Metz et que le président du centre, Alain Seban, vient de lancer un nouveau festival, une antenne mobile… », s’insurge une gréviste. Pour pallier les suppressions de postes, la direction du centre choisira-t-elle d’externaliser certains services comme s’apprête à le faire Jean-Jacques Aillagon à Versailles ? Un audit ordonné par François Fillon devra délivrer des pistes d’ici à la fin de l’année…

Sabine GIGNOUX
La-Coix.com
10/12/2009

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