IBM (Noisy-le-Grand 93) : une salariée licenciée pour "abus de liberté d’expression"

Dimanche 20 mars 2011, par cclpv // IBM

Elle s’appelle Marie-Christine Rojas-Guerra.
Depuis 39 ans chez IBM, elle travaillait au Customer Fulfillment, avec Mme Zoppi comme manageuse 2éme ligne.
Bien que titulaire d’un bac + 4 (et plus récemment d’un Master 2), elle était toujours non cadre, ayant été bloquée 34 ans de suite au même coefficient 335 pts …
Après toutes ces années de bons et loyaux services, elle a été brutalement licenciée, après une mise à pied conservatoire.
Quel a donc été son crime ?

Vous avez été des centaines à signer la pétition de soutien à Marie-Christine (à Paris comme en Province). Elle vous en remercie. Mais vous avez aussi été des dizaines à nous poser la question « on ne sait pas tout, forcément elle a fait autre chose qu’on ne connait pas ».

Marie-Christine a toujours œuvré pour le collectif de travail, et lutté contre toutes les injustices. Dès les années 80, elle s’engage dans le syndicalisme, et devient déléguée du Personnel à Nantes. Ensuite, elle agit beaucoup contre les plans sociaux d’IBM et les suppressions d’emplois (disparition des usines IBM de Boigny, Bordeaux, de la logistique d’Evry). Elle est toujours aux côtés de ceux qu’IBM attaque et licencie.

Ces dernières années, elle n’a pas ménagé son soutien aux victimes du stress, des mutations forcées, des délocalisations (dont sa propre entité, le Customer Fulfillment). A l’extérieur d’IBM, Marie-Christine est engagée dans des associations pour le respect des droits de l’homme : aide aux sans papiers, cours de français aux immigrés, droit au logement ...

Mardi 22 février, accompagné d’un représentant syndical, elle s’est présentée à Bois-Colombes. Nous avions envisagé les pires griefs contre elle, puisque « on ne savait pas tout » comme le propageait la rumeur ... Et bien si, nous savions tout !

Aucun élément nouveau amené par IBM. Nous savions qu’en désespoir de cause, elle avait écrit à M. Bénichou pour dénoncer les dysfonctionnements de son outil de travail, et le comportement d’une hiérarchie autiste. Dysfonctionnements qui impactaient les contrats des commerciaux (CEMS), mettaient les nerfs des salariés à rude épreuve. Tout cela constaté par les enquêtes du CHSCT au Customer Fulfillment en 2010.

Oui, Marie-Christine écrivait. Aux manageurs, à la direction, aux syndicats. Elle avait le cran de s’exprimer, et portait des revendications collectives car elle ne demandait jamais rien pour elle même. Dans la souffrance des délocalisations de son entité vers Madrid et Bratislava,
les mots étaient fermes et directs, mais jamais méprisants pour ses interlocuteurs. C’était du vécu, parfois loin du « politiquement correct » qui étouffe la parole.

Marie-Christine s’est attaquée à l’empire IBM. Pot de terre contre le pot de fer, mais elle ne pouvait se taire sur certains procédés indignes dans son entité, où règne le management par la peur. Elle a dénoncé le harcèlement dont beaucoup de ses collègues ont souffert, dont certains en burnout depuis, ou ayant du quitter IBM brutalement pour sauver leur peau.
Etait-ce injurieux ? Etait-ce faux ? NON ! C’était malheureusement vrai, et ça le reste.

Le motif du licenciement par IBM est « abus de votre liberté d’expression ». Mme Zoppi avait intimé à Marie-Christine l’interdiction « de penser ». Il restait à la faire taire ...

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4 Messages

  • Ceci est juste un mot de soutien pour Marie-christine rojas-guerra.
    Si de nouvelles manifestations sont organisées, qu’elle me fasse signe.
    Je viendrai avec plaisir.
    Ancienne employée IBM, à la retraite, je connais bien les contraintes exercées sur le personnel et suis de tout coeur avec elle.

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    • Merci à Nicole Bergé pour son message de soutien qui me touche vraiment. Dans cette compagnie, j’ai toujours eu la chance de rencontrer des amis, des vrais amis et c’est toujours pour eux que j’ai voulu que la vérité et la justice soient respectées. La direction IBM se fout de nous et pour elle nous n’avons pas de respect, nous savons de "quoi" elle se compose !
      Tous me manquent et je les remercie pour l’amitié et la confiance qu’ils me témoignent dans cette exclusion injuste et ô combien humiliante. Mais je résisterai tant que je vivrai !
      Bisous à Nicole. Marie Christine

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  • Mrs 21 juillet 2011 18:02, par Pascale Cervera-Marzal

    Bonjour Marie-Christine,
    avec mes 28 ans d’ancienneté chez IBM, je comprends ton histoire comme si je la vivais.
    Je suis en difficulté moi aussi.

    J’espère que le temps fait son oeuvre pour calmer ta douleur de cette maltraitance. Mais je me doute que le colère ne passera quasi jamais.

    Amicalement,
    Pascale Cervera-Marzal

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    • Réponse à Pascale 2 septembre 2011 23:30

      Ce 2 septembre, je découvre ton message et t’en remercie chaleureusement. Chaque semaine avec le collectif des licenciés d’IBM, je vais distribuer des tracts d’information aux collègues. Tous reçoivent ces écrits avec curiosité et attention, me disant que je suis courageuse et qu’ils me soutiennent "moralement", c’est un peu court, mais ils confirment qu’ils sont obligés de la fermer s’ils ne veulent pas se retrouver comme moi à la rue (on peut comprendre, non !) ! Un jour, la roue tournera, et il faudra bien que les patrons voyous (pléonasme) se retrouvent à la rue à leur tour et payent pour leur malhonnêteté et leurs mensonges. Je ne décourage pas même si la blessure du licenciement injuste ne cicatrise pas. Mille mercis encore de ton adorable pensée et à bientôt.
      Courage à toi et bien amicalement. Marie Christine

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