Sandouville réagit diversement au plan de Renault

Samedi 27 novembre 2010, par cclpv // Renault

SANDOUVILLE, Seine-Maritime (Reuters) - Le projet de Renault de proposer un départ anticipé à la retraite à quelque 3.000 salariés du groupe suscite des réactions mitigées au sein de l’usine de Sandouville.

La reconnaissance de la pénibilité de leur travail est saluée par les travailleurs de cette unité, située sur la zone industrielle portuaire du Havre, en Haute-Normandie.

Les syndicats s’inquiètent cependant d’une réduction d’effectifs déguisée et d’une baisse de la production de leur usine.

"On comprend qu’un salarié usé par la pénibilité ait envie de partir mais ceux qui restent vont récupérer plus de boulot et de pénibilité", résume Nicolas Guermonprez, secrétaire de la CGT de l’usine.

Le plan de Renault de proposer un départ anticipé à la retraite à 58 ans au titre de la pénibilité concerne environ 3.000 salariés du constructeur automobile français, dont 557 à Sandouville.

Ce dispositif a été présenté cette semaine aux syndicats du constructeur automobile lors d’une réunion sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC).

Il serait ouvert aux ouvriers, employés et agents de maîtrise de la maison-mère et des filiales industrielles en France, âgés de 58 ans et plus début 2011, ayant effectué 15 années de travail posté ou ayant une incapacité permanente de 10% et plus.

Pour Bernard Claude, secrétaire CGT au comité d’entreprise de Sandouville, l’objectif de Renault est de diminuer ses effectifs pour produire moins.

"Le sureffectif est lié à la baisse d’activité de l’usine que la direction et le président de la République s’étaient engagés à maintenir", dit-il.

"RIEN POUR L’EMPLOI"

"On diminue les capacités de production de Renault. C’est une stratégie pour servir les actionnaires et il n’y a rien pour l’emploi. C’est une attaque en règle contre l’industrie automobile en France", ajoute le syndicaliste.

Le projet de Renault a été condamné au niveau national par les syndicats mais également par le Parti socialiste, le Parti communiste et le Medef.

Pour une fois d’accord, le PS et l’organisation patronale estiment tous deux que la proposition du constructeur est en contradiction avec la réforme des retraites, qui repousse de 60 à 62 ans l’âge légal de départ en retraite et de 65 à 67 ans l’âge pour un départ à taux plein.

Le secrétaire adjoint du comité d’entreprise de Sandouville, Guy Vallot (FO), se réjouit de ce que la préretraite "permettra aux gens qui le souhaitent de profiter de quatre ans supplémentaires".

Lui aussi, néanmoins, s’interroge sur la stratégie à terme de l’entreprise.

"S’il y a 3.000 départs en retraite de Renault et de ses filiales, ça peut être 3.000 emplois supprimés car il n’y a pas à l’horizon de perspectives d’embauches", s’inquiète-t-il.

Lors d’un comité d’entreprise qui s’est tenu mercredi à Sandouville, la direction du site a averti les représentants du personnel que toute la semaine prochaine serait chômée avec une journée de formation obligatoire.

Les syndicats rappellent en outre les annonces précédentes qui prévoyaient une baisse de 23% de la production d’Espace et de Laguna à Sandouville, soit quelque 52.000 véhicules pour 2011 contre 69.000 en 2010 (409 véhicules/jour).

Pour compenser la baisse d’assemblage de ces deux véhicules, la CGT de Sandouville compte sur l’arrivée en 2012 de la fabrication d’un véhicule utilitaire pour une commercialisation en 2013. Aucun détail sur ce projet n’est pour l’instant disponible.

Le Monde 27/11/2010


Le plan pénibilité de Renault ravive la question de l’emploi des seniors

Le dispositif de départs anticipés pour pénibilité annoncé mardi par Renault, qui a suscité des réserves jusque dans les rangs du gouvernement, montre que l’emploi des seniors reste un défi, alors que la réforme des retraites programme un allongement de la durée d’activité.

Le dispositif Renault, en cours de négociation avec les syndicats, consisterait pendant trois ans à permettre aux ouvriers et ETAM (employés, techniciens, agents de maîtrise) du groupe en France, âgés de 58 ans et plus début 2011, d’être dispensés d’activité jusqu’à l’âge de liquidation de leur retraite du régime général, sous certaines conditions de pénibilité.

Ils devraient comptabiliser quinze années de travail posté (en équipe par roulement) ou avoir une incapacité permanente d’au moins 10% ou encore des restrictions d’aptitude.

Quelque 3.000 salariés pourraient être concernés.

La présidente du Medef Laurence Parisot a aussitôt fustigé un choix "étonnant" du constructeur automobile pour ses seniors, en y voyant un "signal contradictoire" par rapport à la réforme relevant l’âge de la retraite.

Le ministre du Travail Xavier Bertrand s’est aussi dit "très réservé" sur ce "plan de départs volontaires" qui "doit dire son nom". "Le message qui est adressé, c’est de faire partir des salariés avant même l’âge de la retraite", a-t-il brocardé, assurant que l’Etat ne mettra "pas un euro" dans la mesure dont ses services examineront la légalité.

Des dispositifs assez similaires existent dans quelques branches (industries pétrolières de longue date, travailleurs portuaires récemment) et certaines entreprises telle Rhodia.

Si les syndicats se sont félicités que Renault prenne en compte la pénibilité, ils craignent en revanche que peu d’embauches ne compensent ces départs.

Cela ressemble à "un outil de dégraissage", a regretté Bernard Thibault (CGT). Le constructeur reconnaît qu’il doit "gérer une sous-activité".

François Chérèque (CFDT) voit dans cette mesure la démonstration qu’il "faut revoir la réforme des retraites", qui n’a pas réglé, selon lui, ni la question des seniors, ni "le problème de la pénibilité", en ne prévoyant des départs à 60 ans qu’à des conditions restrictives d’incapacité physique.

Anne-Marie Guillemard, sociologue spécialiste de l’emploi des seniors, abonde dans son sens : "on a fait comme si changer les bornes d’âge allait changer quelque chose à la durée de la vie active", mais le problème revient tel un "boomerang" avec le cas Renault, explique-t-elle à l’AFP..

"Nous restons dans une culture de sortie anticipée du marché du travail", faute de "mesures efficaces", juge-t-elle.

Le gouvernement a bien contraint depuis le 1er janvier les entreprises à être couvertes par un accord ou plan d’action favorisant l’emploi des seniors. Cependant, de l’aveu même des services du ministère du Travail, leur bilan qualitatif est "mitigé" et les "bonnes intentions" restent à être appliquées.

Renault s’est doté il y a un an d’un tel accord, qui prévoit un taux d’emploi des plus de 55 ans à 13,8% des effectifs de la maison-mère, via formations et temps partiels.

Même si 3.000 seniors bénéficiaient du dispositif pénibilité, "nous serions bien au-dessus de notre engagement", assure la direction.

Alors que nombre d’entreprises sont confrontées à la même problématique que le constructeur, le directeur des ressources humaines d’un groupe industriel, qui souhaite demeurer anonyme, relativise la polémique : "il n’y a rien de contradictoire de faire à la fois un accord seniors et un accord sur la pénibilité des gens postés car ce ne sont pas les mêmes catégories de personnels".

AFP 26/11/2010

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