Goss : le tribunal rendra sa décision vendredi

Mardi 23 novembre 2010, par cclpv // Goss

Le tribunal de Senlis n’a pas mis fin au suspense, hier : il rendra son jugement sur le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui frappe l’usine Goss de Montataire, vendredi. La direction veut licencier la moitié des 623 salariés du fabricant de rotatives pour l’imprimerie. En contrepartie, elle met 25 millions d’euros sur la table pour accompagner leur sortie.

Ce plan est attaqué devant la justice par les syndicats qui demandent, en outre, un médiateur. Seulement, des salariés font bouger les lignes en contestant haut et fort la stratégie du CE, tenu par la CGT. Pour ce collectif, la survie du site de Montataire passe bel et bien par le PSE. Du coup, il avait mobilisé, hier, une partie des employés, devant le tribunal, pour marquer le coup : « Si le CE poursuit son action en justice, le groupe va retirer son soutien au site qui connaît un problème de liquidités. Ce sont les Américains (N.D.L.R. : le siège social est aux États-Unis) qui envoient l’argent de nos salaires. Soit on applique le plan, soit on dépose le bilan. »

Si le noyau dur du collectif est composé d’une trentaine de personnes, il fait valoir au-delà un référendum mené auprès des salariés, vendredi. Résultat, avec une participation de 90 % : 62 % des salariés acceptent le PSE actuel.

« Cela n’a pas de légitimité d’un point de vue juridique, mais cela donne une tendance », observe un salarié qui ne souhaite pas mettre son nom en avant. « On forme un ensemble. » Le maire de Saint-Just-en-Chaussée a également apporté son soutien.

Michel Melo, représentant CFTC, dénonce « un chantage » : « La direction a cantonné le personnel dans la peur. Des salariés croient que les salaires de novembre ne seront pas versés si le PSE n’est pas appliqué rapidement, que la société est quasiment en redressement judiciaire. Mais nous n’avons pas une note des actionnaires en ce sens. » Le syndicaliste précise que le CE ne s’oppose pas au PSE. « Les élus ne sont pas d’accord sur son ampleur et les conditions de départ des salariés. »

La CFTC épingle ainsi le PSE sur les critères et les catégories socioprofessionnelles retenus pour guider les licenciements. Entre autres éléments, « la charge de famille n’est pas suffisamment prise en compte ». Surtout, le syndicat s’interroge sur le bien fondé du plan : « Les conditions ne sont pas réunies pour restaurer la compétitivité. On alourdit les frais de structure. » Ce qui pourrait condamner le site à moyen terme. La CGT n’a pas donné suite à nos appels.

Le Courrier Picard 23/11/2010


Les salariés de Goss réclament leur plan social

D’un côté, un CE à majorité CGT qui veut faire annuler le plan social.De l’autre, des salariés qui veulent choisir le moindre mal face à une menace de fermeture.

« J’ai eu l’impression en entrant dans cette salle que j’allais plaider contre des salariés. Une chose qu’en vingt ans d’exercice professionnel je n’avais jamais ressentie. » Me Koskas, l’avocat du comité d’entreprise (CE) de Goss, majoritairement CGT, était mandaté pour demander hier après-midi au tribunal de Senlis l’annulation du plan social de 300 suppressions de postes.

Presque 50% des effectifs de l’usine de rotatives de Montataire, qui emploie 623 personnes. Dans le dos de l’avocat, une centaine de salariés sont justement présents et forment une masse silencieuse mais oppressante. Eux veulent tout le contraire et exigent la mise en place du plan de sauvegarde. Ils l’ont indiqué clairement mercredi dernier par un référendum interne.

La peur de tout perdre

A la barre du tribunal, c’est finalement une médiation avec la direction qu’a proposée Me Koskas. « Je ne peux pas faire comme si ce référendum n’avait pas existé. J’essaie de comprendre comment la moitié des salariés ont pu voter pour le départ de l’autre moitié (…). J’ai convaincu mes clients (NDLR : la CGT) qu’il fallait tendre la main, ouvrir les négociations et demander une conciliation. »

Cette situation exceptionnelle et paradoxale a été mise à plat hier après-midi, pendant trois heures. Beaucoup de lassitude se lit sur les visages des salariés (lire ci-dessous) qui redoutent le dépôt de bilan imminent de leur entreprise. Le site de Montataire vit à crédit. Chaque mois, l’usine perd 2 millions d’euros et se retrouve subventionnée par l’actionnaire majoritaire du groupe, autrement dit l’Etat chinois. L’avocat du CE évoque le chantage de la direction qui a distillé la crainte dans les esprits. « C’est la peur de tout perdre. On n’a pas arrêté de menacer les salariés », explique Me Koskas, qui dénonce dans la foulée un plan social peu favorable financièrement aux licenciés.

L’audience devient surréaliste lorsque l’avocate de la direction plaide à son tour et se place en quasi-porte-parole du personnel. « Un syndicat a été désavoué par un référendum de salariés. L’urgence aujourd’hui, c’est la restructuration du site. Les salariés de Goss ne sont pas dupes (…). Le CE nous dit : on va dans le mur et tant qu’à y aller, allons-y maintenant. » S’est ensuivie une bataille sur la (non) communication des documents entre parties, chacune se rejetant la faute. Les magistrats du tribunal de Senlis rendront leur délibéré vendredi prochain, à 16 heures.

Le Parisien 23/11/2010

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