Cooper Baclair (Bolbec) : le rapport qui inquiète

Samedi 20 novembre 2010, par cclpv // Cooper

« Pas à l’abri de problèmes »

Les experts chargés d’étudier la situation de Cooper et de la Barre-Thomas avant leur fusion ont rendu des conclusions pessimistes.

Les conclusions du rapport d’expertise sont tombées et, comme pouvaient le redouter les salariés de Cooper Standard Automotive, elles sont pour le moins pessimistes. Le 13 septembre dernier, les membres du comité central d’entreprise avaient désigné deux experts, l’un pour la partie économique et l’autre pour le volet social.

« Nous avons appris que la fusion entre la Barre-Thomas et Cooper se ferait sous les statuts juridiques actuels de la Barre-Thomas, explique Pascal Langlois, délégué CGT. Les conséquences sociales sont encore difficiles à mesurer, car nous n’avons pas connaissance de tous les accords signés à la Barre-Thomas. »

Alain Eudier, délégué Sud Chimie, cite néanmoins quelques exemples de nature à inquiéter. « A la Barre-Thomas, il faut trente ans pour avoir un troisième jour d’ancienneté, tandis que chez Cooper, on l’obtient au bout de quinze ans. Nous avons chez Cooper un 13e mois, mais à la Barre-Thomas, il ne s’agit que d’une prime de 13e mois. Pour nous, qui sommes licenciés, cela ne change rien, mais on pense à nos collègues de Vitré et Lillebonne. » Les organisations syndicales ont quinze mois pour négocier. « Il faut que ces négociations se fassent avec les représentants du personnel et la direction de la Barre-Thomas et de Cooper. On ne peut pas négocier chacun de son côté, alors qu’on fera tous partie de la même société à partir de janvier », souligne Alain Eudier.

Sans révéler le moindre chiffre, les 316 salariés de Baclair menacés de licenciement sont pour l’heure très insatisfaits des propositions qu’on leur a faites. « Il va falloir que la direction fasse beaucoup d’effort, qu’elle multiplie l’enveloppe par trois ou quatre. Les primes, le budget de formation, la durée du congé de reclassement, tout est insuffisant », clame Alain Eudier.

Lillebonne « en sursis »

Si l’avenir du site de Baclair est scellé, celui de la nouvelle société, qui sera détenue à 49% par le fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA) et à 51% par Cooper Standard Automotive, ne s’annonce pas non plus tout rose. « Selon le rapport d’expertise, qui s’appuie sur des documents fournis par la direction, la nouvelle société ne sera pas bénéficiaire avant 2015, poursuit Alain Eudier. Toujours selon ce rapport, d’autres PSE (Plan de sauvegarde de l’emploi) pourront être envisagés si la direction ne va pas chercher d’autres clients. En 2015, Peugeot représentera 76% du chiffre d’affaires de la nouvelle société. On se retrouvera alors dans une situation de dépendance avec un seul constructeur avec tous les risques que cela comporte. »

« D’ici quelques années, très peu de véhicules seront construits en France, résume Pascal Langlois. C’est vers les marchés émergents, le Brésil, la Russie, l’Inde ou la Chine, que les constructeurs vont aller. » « Pour moi, le FMEA n’est qu’une bouée de secours, reprend Alain Eudier. On soutient encore les équipementiers le temps pour les constructeurs de délocaliser. » Pour lui, le site Cooper de Lillebonne, qui emploie près de cent salariés, est donc « en sursis ». « Aujourd’hui, 50% de notre production va vers le site de Vitré. Mais demain, il se pourrait qu’on ne travaille que pour Vitré, informe Stéphane Bergot, délégué CGT de Cooper à Lillebonne. Cela veut dire quoi, qu’on va supprimer la moitié des emplois ? »

« Le rapport de l’expert confirme la problématique de l’automobile et de ses équipementiers dans l’Europe de l’Ouest », souligne Didier Moullin, le directeur des opérations France Cooper. « Face à la baisse du niveau de production, les sociétés ne peuvent pas continuer à avoir des résultats négatifs de façon récurrente. Il convient donc d’envisager une réorganisation de fond de la filière. »

En l’espace de trois ans, le nombre de véhicules construits en France a chuté de plus de 30%, passant de trois à deux millions. « Nous avons établi des prévisions sur cinq ans, mais nous ne sommes pas à l’abri de problèmes, un effondrement du marché automobile, un niveau de ventes plus faible que les prévisions ou encore la non attribution de marchés que nous avons ciblés. L’industrie est loin d’être stable, ajoute Didier Moullin. Nous avons la volonté de faire évoluer notre portefeuille de clients pour rendre la nouvelle société moins dépendante d’un seul client, en l’occurrence Peugeot-Citroën. »

Quant à l’avenir du site de Lillebonne, le directeur des opérations France Cooper se veut rassurant. « Si nous avons décidé de créer douze postes en CDI, c’est que nous considérons que nous sommes en mesure de maintenir notre niveau d’activité sur Lillebonne. »

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Union sacree

« On sent toute la population bolbécaise derrière nous. Notre comité de soutien compte aujourd’hui entre six cents et sept cents adhésions », se félicite Hervé Guérin, le président de ce comité de soutien aux salariés de Cooper.

Celui-ci a organisé, jeudi soir à la salle Rabelais à Bolbec, une réunion publique à laquelle ont assisté près de deux cents personnes. Dans l’assistance se trouvaient de nombreux élus, des militants syndicaux de Renault Sandouville et de l’équipementier Sealynx, dans l’Eure, où l’heure est grave. « On s’attend à un plan social dans les jours ou les semaines qui viennent. En l’espace de cinq ans, nous sommes déjà passés de 1500 à 730 salariés », a déclaré un représentant syndical de Sealynx.

Philippe Poutou, délégué CGT à Ford Blanquefort, près de Bordeaux, était également présent. « Là-bas, ils se battent depuis quatre ans pour maintenir l’emploi. Comme nous, ils ont créé un comité de soutien. Leurs efforts, ainsi que le soutien de la population et des élus, ont payé puisque Ford a fini par reprendre l’usine qu’il avait vendue. C’est un motif d’espoir pour nous », a souligné Hervé Guérin.

Le comité de soutien envisage d’organiser une autre réunion publique, en essayant de mobiliser les constructeurs et tous les équipementiers de la région.

Paris Normandie 20/11/2010

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