L’hôpital Tenon à bout de souffle

Jeudi 7 octobre 2010, par cclpv // Hôpitaux

Le ras-le-bol est patent à l’hôpital Tenon, en grève depuis lundi matin.

Après un week-end qui a vu temporairement le service des urgences fermer par manque d’effectifs, près d’une centaine de membres du personnel se sont rassemblés ce 4 octobre 2010 au matin dans la cour d’honneur de l’établissement pour protester contre la réduction des effectifs, à l’appel de l’intersyndicale CGT, Sud-Santé et CFDT.

Visage fermé, yeux cernés par la fatigue, la plupart sortaient tout juste de leur service de nuit. Ils tenaient malgré tout à être présent pour parler de vive voix avec le directeur de l’hôpital Tenon, Roland Gonin. Pratiquement tous les services étaient représentés, ne manquaient que les médecins et les cadres de l’hôpital. Le manque de personnel soignants, en particulier d’infirmières, arrive en tête des revendications des grévistes.

Les urgences fermées pendant le week-end

Environ 50 postes d’infirmières sont laissés vacants à l’hôpital Tenon. Ces postes, budgétés, ne sont tout simplement pas pourvus. Les urgences ont même dû être temporairement fermées pendant le week-end quand la direction s’est aperçu qu’une infirmière assurait tout le service samedi 2 octobre. Seule, elle a dû travailler douze heures d’affilée, entre 7h et 19h, avant d’être relevée de son poste. En règle générale, six infirmières assurent le service du matin, et six autres le soir.

Les urgences pompiers et Samu ont été redirigées vers d’autres hôpitaux qui affichaient déjà complet, le soir de la Nuit blanche à Paris. Les urgences de Tenon ne recevant plus que les patients venus par leurs propres moyens.

Ces problèmes ne sont cependant pas nouveaux à l’hôpital Tenon. En 2009, le service des urgences s’était déjà mis en grève pour faire entendre les mêmes revendications. Ce que le personnel ne comprend pas, c’est pourquoi rien n’a changé depuis.

La direction n’arrive pas à recruter

Lundi matin, les personnels de Tenon se sont donc dirigés vers les bureaux de la direction pour demander des explications. Roland Gonin s’est plié à un exercice de questions-réponses, non sans mal.

Face aux demandes d’augmentation d’effectifs, le directeur de l’hôpital Tenon s’est défendu en affirmant qu’il n’arrivait tout simplement pas à recruter des infirmières. Pour les aide-soignants, le problème est plus structurel puisque les postes prévus par les autorités de l’AP-HP (Assitance publique – Hôpitaux de Paris) sont pourvus et ne peuvent pas être augmenté pour le moment. La direction de l’hôpital propose donc de fonctionner avec des intérimaires avant de trouver une solution pérenne.

Le personnel de moins en moins spécialisé

Selon les syndicats, le manque d’effectifs entraîne également un problème de compétences pour le personnel.

Plannings hors la loi

Évelyne Millour s’insurge également contre les changements inopinés dans le planning des personnels. « Il arrive qu’on dise aux infirmières, après avoir fait le service de l’après midi (14h30-21h30), qu’elles seront du matin (7h-14h30) comme ça du jour au lendemain. Ça induit un non respect de la législation, parce qu’on doit avoir un minimum de 11h entre deux prises de services. »

Malades stockés dans les couloirs

Le service des urgences est certainement l’exemple le plus criant de la dégradation des conditions de travail et d’accueil des patients. Devant l’afflux de malades, les infirmières n’ont plus de place dans les salles d’observation, et sont obligées de placer les malades sur les brancards dans le couloir du service des urgences.

La grève risque de s’intensifier

La colère des personnels est palpable et deux coupables sont désignés : la direction, qui selon eux ne fait pas tout ce qui est en son pouvoir pour améliorer la situation, et l’AP-HP, qui cherche à réduire les coûts de fonctionnement des hôpitaux. D’après la secrétaire du syndicat Sud-Santé, Isabelle Borne, le mouvement risque de s’intensifier. Mercredi 6 octobre, les personnels de Tenon sont sortis aux abords de l’hôpital pour distribuer des tracts et faire signer une pétition.

Le journal web du 20ème arrondissement

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