Altis : la signature de la vente retardée, les syndicats inquiets

Vendredi 6 août 2010, par cclpv // Altis

La signature de la vente du site d’Altis à un repreneur, annoncée pour la fin juillet 2010, n’a toujours pas été réalisée, suscitant l’interrogation et l’inquiétude des syndicats de cette société de composants électroniques située à Corbeil-Essonnes (Essonne).

"Nous avons appris le 2 août que la vente n’a pas été conclue le 31 juillet, malgré les engagements des différentes parties, +pour des raisons sur lesquelles Mr Sabeg ne souhaite pas communiquer+", écrit Frédéric Brunier, secrétaire du comité d’entreprise d’Altis dans une lettre adressée aux actionnaires.

"Je demande au nom des membres du comité dentreprise et des salariés d’Altis de me donner les raisons pour lesquelles la vente n’a pas eu lieu le 31 juillet", écrit-il encore.

De son côté, la CFTC exprime dans un communiqué sa "crainte" que "les politiques fassent du site d’Altis une nouvelle friche industrielle".

"On n’a pas de date de signature. On est plus qu’inquiets car on ne sait pas où on va", a dit à l’AFP Hervé Judith, délégué syndical CFTC.

Le projet de reprise, dont le principal investisseur est Yazid Sabeg, par ailleurs commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, prévoit la mobilisation de 150 millions d’euros, dont 40 millions d’euros provenant de M. Sabeg. Il a été accepté par les deux actionnaires principaux d’Altis, IBM et Infineon.

Pour le porte-parole d’Altis international et de Yazid Sabeg, joint par téléphone, "la signature est toujours à l’ordre du jour" et "le plan financier devrait être bouclé dans les semaines à venir", a-t-il assuré à l’AFP.

"La partie n’est pas gagnée mais il y a un plan industriel et financier sérieux pour donner une chance à cette entreprise française dans un secteur extrêmement porteur dans les années qui viennent. Notre volonté est de le tenter", a-t-il ajouté.

Le projet de reprise prévoit la suppression de 400 emplois dans cette entreprise qui compte aujourd’hui 1.300 salariés. Cinquante à cent personnes doivent être embauchées d’ici à 2013 dans des métiers nouveaux pour l’entreprise : marketing, vente et design.

Le CE a émis vendredi un avis défavorable au projet de reprise, dénonçant notamment sa "fragilité financière" et les suppressions de postes prévues.

AFP 05/08/2010

(Les images qui illustrent cet article sont celles de la grève de juin 2009)


Yazid Sabeg en plein conflit d’intérêts ?

Yazid Sabeg utilise-t-il son poste de haut commissaire à la Diversité pour servir ses propres intérêts ? Le Canard enchaîné du 28 juillet révèle que le haut commissaire (qui est toujours à la tête de sa société privée) a déposé un dossier auprès du Fonds stratégique d’investissement, géré par l’Etat, pour obtenir une aide de 20 millions d’euros afin de racheter Altis, une filiale d’IBM. Selon l’hebdomadaire, Claude Guéant serait intervenu auprès du FSI pour appuyer la demande de Sabeg.

Yazid Sabeg a un statut ambigu au sein du gouvernement : il y est sans y être. Officiellement, en tant que haut commissaire à la Diversité, Sabeg n’est pas membre du gouvernement et ne perçoit aucune rémunération à ce titre. Il a donc pu rester à la tête de son entreprise. Sauf que ce non-membre du gouvernement semble bénéficier à plein de ses relations haut placées pour ses propres intérêts selon Le Canard enchaîné.

Ainsi, Sabeg "vient de réclamer la bagatelle de 20 millions d’euros au Fonds stratégique d’investissement (FSI), créé par l’Etat, pour l’aider à racheter Altis, une filiale d’IBM. (...) Depuis des semaines, Claude Guéant multiplie les coups de fil. A Jérôme Gallot, directeur exécutif du FSI, ou à Patricia Barbizet, qui en préside le comité d’investissement. Avec, chaque fois, le même conseil : "Vous devez prendre des risques..."". En clair, déboquer les fonds.

Jeudi 22 juillet, le comité d’investissement a examiné la demande de Sabeg et émis des réserves : le business plan doit être revu. En off, un membre du FSI s’agace des interventions de Guéant : "Sabeg nous a pris pour un distributeur automatique de billets : son business plan est carrément léger, il table sur un chiffre d’affaires fantaisiste. Sans l’intervention de Guéant, le dossier ne serait même pas passé devant le comité d’investissement". Depuis le 22 juillet, les pressions sur les membres du comité du FSI auraient repris de plus belle.

L’enjeu est important car la société Altis, spécialisée dans les semi-conducteurs, a besoin de cette somme pour sauver ses 1400 emplois. Le 1er juillet dernier, le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, s’était d’ailleurs engagé à "tout faire" pour sauver Altis. Sabeg sera-t-il ce sauveur avec la complicité de Guéant et du FSI ? Contacté par Le Canard, Sabeg nie tout conflit d’intérêts en affirmant qu’il n’est pas "membre du gouvernement". Certes, mais comme le note l’hebdomadaire, il dispose tout de même de bureaux rue de Lille, à l’hôtel Seignelay, c’est-à-dire "deux étages au-dessous de la soupente d’Estrosi".

Yazid Sabeg n’est pas connu du grand public, mais il mériterait à l’être. Sherlock Com’ avait déjà relevé de possibles conflits d’intérêts dans sa chronique : "Commissaire Yazid, et businessman Sabeg"

Arrêt sur Images 28/07/2010

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