Teleperformance veut supprimer 837 postes en France

Lundi 5 juillet 2010, par nico // Teleperformance

Ils s’attendaient bien à une mauvaise nouvelle, mais certainement pas à un plan social de cette ampleur. Jeudi 1er juillet dans l’après-midi, la direction du groupe de centre d’appels français Teleperformance a annoncé la suppression de 837 postes dans sa filiale hexagonale, correspondant à la fermeture de huit sites (Marseille, Pantin, Rennes, Tours, Le Mans, Lyon, Orléans, Toulouse). "La direction a déjà préparé deux numéros de téléphone d’assistance psychologique, un pour les cadres, un pour les autres", déplore Jeanne Delarocque, déléguée syndicale SUD chez Teleperformance.

La direction du groupe, numéro un mondial du secteur, avait déjà lancé un plan de départs volontaires début 2009 portant sur 585 postes en France. Si bien qu’en deux ans à peine la filiale française (8 000 salariés début 2008) pourrait perdre 18 % de ses effectifs.

"DUMPING SOCIAL"

"Avec la crise, nos clients, dont beaucoup d’opérateurs de télécommunication, ont réduit leurs envois d’appels vers nos centres. Cela représente une perte de chiffre d’affaires d’environ 20 %. Et nous avons aussi perdu des clients prestigieux, comme Canal Plus. Du coup, la filiale France a perdu 36 millions d’euros en 2009, ce n’est pas tenable", invoque Jean-Hervé Jenn, président de Teleperformance France.

"Le groupe profite de la crise pour faire du dumping social et renforcer nos activités offshore (dans des pays à bas coûts)", regrette Abdou Keita, président de la commission économique du comité central d’entreprise (CCE), et délégué CFTC. Il y avait 4 000 salariés dans les centres offshore fin 2008, selon les syndicats, surtout en Tunisie. "Nous en avons environ 6 000 aujourd’hui", précise M. Jenn.

Pour M. Keita, "l’activité baisse, mais pas de façon alarmante. Nous avons déjà connu des cycles de ce type, cela reprendra. Au lieu de licencier, il faudrait renforcer le pôle commercial, pour aller chercher d’autres clients".

"Concernant l’offshore, ce n’est pas nous, mais le client qui choisit. La réalité, c’est que l’heure de centre d’appels lui coûte 15 euros là-bas contre 30 euros ici, assure M. Jenn. Si dans l’Hexagone nous restons dans une logique d’offres standardisées, l’offshore continuera à monter en puissance. Il faut que nous puissions proposer des prestations à valeur ajoutée, par exemple en monétisant l’expertise sur certains produits ou services que nos salariés ont acquise à force de travailler pour le même client pendant plusieurs années. Nous testons actuellement ce type d’offres."

M. Keita veut se battre pour que, comme le précédent, ce plan de départs soit volontaire. "Il ne faut pas que la direction puisse désigner ceux qu’elle veut voir partir. Nous devons préserver au maximum les plus fragiles, il y a beaucoup de petits salaires chez Teleperformance, chargés de famille, et malheureusement souvent très endettés", explique-t-il. La première réunion du CCE est fixée au 13 juillet. La direction veut avoir bouclé le plan avant la fin de l’année.

"La situation des salariés de Teleperformance est dramatique, les clients opérateurs de télécommunication ne demandent plus que du prix, de l’offshore. La qualité n’est plus un critère, c’est la logique du court terme qui prévaut", fustige Sébastien Crozier, délégué CFE-CGC-UNSA chez France Télécom, un des clients de Teleperformance en offshore.

"Le groupe a d’abord tenté de sortir des postes d’Ile-de-France pour la province, moins coûteuse. Mais cela ne suffit pas. Les centres d’appels emploient encore des centaines de personnes dans l’Hexagone. Ce sont certes les nouveaux "OS" de notre industrie. Mais s’ils partent tous, que nous reste-t-il ?", s’interroge le syndicaliste.

Le Monde le 03/07/2010

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