Bosch met la clé sous la porte

Mardi 29 juin 2010, par nico // Bosch

L’usine sera définitivement fermée demain.Hier, les derniers salariés de Bosch récupéraient quelques meubles de bureau, dérisoires souvenirs d’une mémoire ouvrière.

Hier, 14 heures, rue du Pont-d’Arcole à Beauvais. Au compte-goutte, une poignée de voitures effectuent une halte éclair devant les grilles de l’usine Bosch. Alors que l’usine doit définitivement fermer ses portes demain, la direction autorise les salariés qui le souhaitent à récupérer… du mobilier d’entreprise (lire l’encadré).

Après cinquante-trois ans de présence dans la ville-préfecture, le clap de fin se rapproche pour l’équipementier automobile, ex-fleuron de l’industrie beauvaisienne.
Wilfrid, 42 ans, et Carine, son épouse, font partie des derniers salariés. Après dix-neuf ans passés au sein du groupe Bosch, cet ancien technicien du service Méthode est venu chercher son dû : une armoire usagée et une chaise de bureau. « Ça fait tout de même un drôle d’effet de voir cette usine à l’agonie, lâche-t-il en chargeant le coffre de sa voiture. Surtout quand on sait que les chaînes de production qui étaient ici continuent de tourner ailleurs. Il y a franchement de quoi être amer. »

Autour du couple, le silence est total, presque pesant. Sur les 240 salariés que comptait l’entreprise au moment de l’annonce de la fermeture du site, en 2006, tout le monde a déserté les lieux ou presque. Occupés à l’archivage de documents, seuls six salariés occupent encore les 40000 m2 d’entrepôt de l’usine. A des années-lumière des 2500 personnes qui fréquentaient le site à l’âge d’or de Bosch, dans les années 1970.

« Beaucoup ont négocié une absence autorisée payée, explique Patrice Tempier, délégué CGT. Tout simplement parce qu’ils n’avaient pas envie de voir leur outil de travail disparaître petit à petit. Vous savez, c’est dur de voir l’usine où l’on a passé presque toute une vie dépérir à petit feu. » Venue elle aussi chercher son fauteuil de bureau, Carine, 35 ans dont treize passés chez Bosch, abonde dans le même sens : « Moi je suis partie avec soulagement le 19 mai, lance-t-elle. A la fin, c’était devenu trop dur. Ce n’était pas de se lever à 7 heures qui était difficile, mais d’entrer dans une usine vide et silencieuse… »

Abattus, usés par des mois de combat, les ex-salariés ne se réuniront même pas, demain, pour un ultime adieu à leur entreprise. « On a bien pensé faire un barbecue, histoire de marquer le coup. Mais on a finalement renoncé, souffle Patrice Tempier, résigné. Depuis l’annonce de la fermeture, les gens sont partis par vagues successives. Certains ont même quitté la région, d’autres ont refait leur vie et tourné la page. C’était difficile de réunir tout le monde. Et puis de toute façon, à quoi bon… »

Le Parisien le 29/06/2010

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