Fermeture de l’usine Molex : deux dirigeants condamnés à de la prison avec sursis

Jeudi 6 mai 2010, par nico // Molex

L’usine Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) est devenue en 2009 le symbole de la lutte contre les fermetures sauvages de sites français par leur direction américaine. Jeudi 6 mai, deux de ses dirigeants ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Toulouse à six mois de prison avec sursis pour n’avoir ni informé ni consulté les représentants du personnel avant d’annoncer, le 23 octobre 2008, le projet de fermeture de cette usine de connecteurs électriques pour l’automobile.

William Brosnan, co-gérant de l’ancienne usine Molex qui appartient au groupe américain du même nom, et le directeur Philippe Fort ont été condamnés pour "délit d’entrave" et devront aussi verser 10 000 euros chacun de dommages et intérêts au comité d’entreprise.

Dans les faits, des cadres de Molex avaient, contre une prime, préparé secrètement la fermeture bien avant l’annonce du 23 octobre 2008 et avaient même signé des "contrats de confidentialité" avec leur direction, avait accusé le procureur Olivier Kern à l’audience du 6 avril. Molex employait alors 280 salariés à Villemur. Malgré onze mois de lutte et un vaste mouvement de sympathie contre les agissements de grands groupes comme Molex aux dépens d’entreprises rentables, Molex a mis la clé sous la porte fin septembre 2009, et tous ses salariés ont été licenciés.

"DES BANDITS ET DES VOYOUS"

"Nous avons toujours dit que c’étaient des bandits et des voyous, aujourd’hui c’est la justice qui le dit", s’est réjoui Denis Parise, ancien secrétaire CGT du comité d’entreprise et nouvel élu au conseil régional Midi-Pyrénées. Il était présent avec une cinquantaine d’anciens de Molex à l’énoncé du jugement. C’est une décision "très importante", mais aussi "légère", comparé à "ce que les familles ont enduré", a-t-il dit. Elle laisse "beaucoup de regrets, car si le licenciement avait été établi dans les règles de l’art, on aurait su en 2007 et aujourd’hui les 280 salariés auraient pu avoir retrouvé un travail", a-t-il dit. Une cinquantaine de salariés seulement auraient trouvé une solution de reclassement.

Selon un des avocats des prévenus, Me Laetitia Fayon-Boulay, les deux cadres se réservent la possibilité de faire appel. Le groupe Molex, lui, a dit que le jugement le "déçoit fortement". "Molex soutient pleinement ses deux cadres supérieurs et estime qu’ils ont agi de bonne foi et conformément à la législation et la réglementation françaises", dit le groupe dans un communiqué.

Le Monde le06/05/2010

Répondre à cet article