Brodard Graphique est à vendre

Mercredi 5 mai 2010, par nico // Brodard Graphique

Après six mois de tractations et un plan de sauvegarde de l’emploi accepté à contrecœur, le site de Coulommiers est à vendre. Si l’imprimerie ne trouve pas de repreneur, elle sera liquidée.

Les machines tournent toujours dans l’usine de Brodard Graphique. Mais derrière elles, l’inquiétude se lit à nouveau sur les visages des salariés. Après six longs mois de tractations et un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) finalement accepté à contrecœur, le site de Coulommiers est victime d’un coup de théâtre.

L’imprimerie est désormais à vendre. Elle a un mois pour séduire un repreneur. Sinon, elle sera liquidée.

C’est ce qu’a annoncé lundi Jean-Paul Maury, directeur du groupe, au tribunal de commerce. « Je n’ai pas eu d’autre choix. Dans un secteur sinistré, j’ai des sites qui fonctionnent bien, je ne peux pas risquer de les mettre en difficulté et dois me séparer de Brodard », explique-t-il.

Pourtant, du côté des employés, la mise en vente a du mal à passer. « Tout avait été accepté pour assurer la continuité dans le groupe Maury : les licenciements, la modulation des horaires, l’augmentation de la charge de travail. Tout le monde a été surpris, même les juges ! » explique Dany, représentant du personnel.

Depuis novembre dernier, date du dépôt de bilan de l’entreprise et de l’annonce de ses dizaines de millions d’euros de dettes, l’imprimerie vit au rythme des grèves et des mobilisations des employés pour conserver leur emploi. Le mois dernier, l’idée de sortir du groupe avait été envisagée par les ouvriers. Mais une faible majorité avait préféré assurer les emplois, quitte à accepter 76 licenciements secs sur les 217 postes et les heures supplémentaires modulables. « Tout le monde s’est fait berner. C’est écœurant. Même les fournisseurs craignent de ne pas voir les dettes remboursées. On aurait pu gagner six mois et éviter le départ de certains qui, malgré leur 5000 € d’enveloppe de départ, auront du mal à retrouver un emploi », déplore Christophe, délégué du personnel.

Pourtant, la suite, certains l’imaginent déjà en rose. « Nous avons du bon matériel, la Rolls Roys des machines, qu’on trouve chez peu d’imprimeur. On devrait intéresser des repreneurs », souligne Xavier. Même optimisme rassurant chez l’administrateur, Pierre Chavanon : « Brodard dispose de nombreuses qualités, à commencer par son savoir-faire et ses machines sophistiquées. Nous avions déjà eu quelques touches au mois de janvier dernier. Cette fois, il faudrait qu’elles soient plus crédibles et plus nombreuses, afin de faire jouer la concurrence. »

D’autres prennent la nouvelle avec ironie : « Ça fait trois ans qu’on est inquiets, on n’est plus à un mois prêt ! » lance Jean-Paul. Mais beaucoup craignent de voir les 150 emplois restant s’envoler. Si aucun repreneur n’est trouvé, la liquidation sera inéluctable. Dans les prochains jours, des annonces légales fleuriront dans la presse spécialisée. Les intéressés disposent d’environ un mois pour prendre contact avec la direction. D’ici là, les Brodard continueront à imprimer leurs titres, dans l’attente de la prochaine décision du tribunal de commerce, prévue le 7 juin.

le Parisien le 05/05/2010

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