Couffouleux : Les salariés de la SNP séquestrent le patron

Lundi 26 avril 2010, par cclpv // SNP

Au sein de la Société nouvelle de panification (SNP), la tension est soudainement montée d’un cran, hier. Vers 18 heures, les salariés ont décidé de retenir dans les locaux de l’entreprise le directeur du site Patrick Dussoubs. Explication de Mohamed Aoulad Hadj Aïssa, l’un des délégués syndicaux CGT de la SNP : « Nous n’arrivons pas à avoir des réponses aux questions que l’on pose à la direction, la situation est totalement bloquée. Notre directeur n’est pas en mesure de décider quoi que ce soit. On a eu une conférence téléphonique avec Laurent Pevet, directeur des ressources humaines du groupe belge Vandemoortele, mais il ne nous propose rien. Retenir le patron est notre seul et dernier moyen de pression pour enfin nous faire entendre. Nous demandons simplement à pouvoir travailler jusqu’au 30 juin, date de la fermeture du site tarnais ».

Et le délégué de poursuivre : « Hier, un casseur de voiture est venu récupérer trois voitures de la société, depuis quelque temps seulement une moitié du personnel vient travailler, l’autre partie doit prendre des congés ou des RTT, car il n’y a plus de commandes, le travail est déjà transféré ailleurs. Tout a été préparé à l’avance, on est confronté à une fermeture avant l’heure ».

Hier soir vers 21 heures, la situation n’avait pas évolué d’un pouce et les salariés se préparaient à maintenir le siège tout le week-end. Notons que Patrick Dussoubs bien que retenu est cependant libre d’aller et venir dans l’entreprise.

Façon de faire énervante

Alertés de la situation la préfecture et le directeur du travail se posaient en médiateurs. Les gendarmes étaient présents pour éviter tout dérapage, tout comme le maire Pierre Verdier. Ce dernier déclarait : « Les salariés sont très déterminés, ils veulent des réponses de leur direction. Ce qui est quand même inadmissible, ajoutait l’élu, c’est que depuis le début du conflit aucun dirigeant ne se soit rendu sur le site. Ils se contentaient d’organiser des réunions à Albi, Gaillac ou Castenau-de-Montmiral. Cette façon de faire est forcément très énervante ».

Et ne devrait pas freiner la détermination des salariés bien décidés à défendre leur outil de travail.


Le chiffre : 53

C’est le nombre de personnes employées par la SNP sur le site tarnais de Couffouleux. En raison d’absence de commande seulement la moitié des salariés ont du travail au quotidien. La direction du groupe l’a transféré sur d’autres sites.

« Retenir le patron est le dernier moyen de pression pour nous faire entendre. Nous demandons à pouvoir travailler jusqu’au 30 juin » Mohamed Aoulad Hadj Aïssa , délégué syndical CGT de la SNP.

ladepeche.fr 24/04/2010


Tarn : Un patron séquestré

Depuis vendredi, les salariés de la Société nouvelle de panification (SNP) retiennent leur patron, Patrick Dussoubs, à Couffouleux (Tarn). Ils entendent ainsi protester contre la fermeture du site, prévue le 30 juin, et exigent de pouvoir, au moins, travailler normalement jusqu’à cette date.

Pour défendre leur outil de travail, les salariés de la Société nouvelle de panification (SNP), spécialisée en boulangerie, pâtisserie industrielle et viennoiserie, ont décidé d’employer la manière forte. Ils retiennent depuis vendredi le directeur du site, Patrick Dussoubs, dans les locaux de l’entreprise située à Couffouleux (Tarn), selon La Dépêche . "La situation est totalement bloquée", estime le délégué syndical de la CGT, Mohamed Hadj Aïssa, qui aimerait obtenir des réponses concrètes de la part de la direction. "Retenir le patron est notre seul et dernier moyen de pression enfin de nous faire entendre. Nous demandons simplement à pouvoir travailler jusqu’au 30 juin", assure-t-il.

Mais s’il leur reste encore deux mois de travail sur le papier, il semblerait qu’il en soit autrement sur le terrain. "Depuis quelque temps, seulement une moitié du personnel vient travailler, l’autre partie doit prendre des congés ou des RTT, car il n’y a plus de commandes", dénonce Mohamed Hadj Aïssa. Selon lui, "le travail est déjà transféré ailleurs. Tout a été préparé à l’avance, on est confronté à une fermeture avant l’heure".

Environ 80 salariés concernés

Présent sur place, le maire de Couffouleux, Pierre Verdier, s’interroge sur la procédure mise en place par la direction de la SNP. "Ce qui est quand même inadmissible, c’est que depuis le début du conflit, aucun dirigeant ne se soit rendu sur le site", juge l’élu, qui parle d’une "façon de faire très énervante". Les réunions sur l’avenir de l’entreprise étaient en effet organisées sur d’autres sites. Pour l’heure, afin d’éviter tout débordement, des gendarmes ont été dépêchés sur place.

La fermeture du site tarnais de la SNP conduirait à la suppression de 53 postes à Couffouleux et de 18 emplois à Niort (Deux-Sèvres). Par conséquent, une autre société de neuf employés, Panalog, qui s’occupait de la maintenance du site, se verra également contrainte à mettre la clef sous la porte.

lejdd.fr 24/04/2010

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1 Message

  • Pourquoi occupent-ils leur entreprise ? Pourquoi séquestrent-ils leurs patrons ?
    Essex est une filiale du groupe coréen LG. La direction annonce le 29 mars la fermeture du site de Macon. Les salariés retiennent dans l’usine le directeur et le DRH pour obtenir un plan social amélioré avec une prime de 120.000 euros par personne contre celle de 30.000 proposée par la direction pour ceux ayant une ancienneté supérieure à 5 ans. Le Ministre de l’Industrie se dit « profondément choqué par le comportement d’une petite minorité de salariés (…) dans le but d’obtenir de l’argent sous forme d’indemnités de départ de 120.000 euros par salarié » ; le ministre considère que « ce type de comportement est inacceptable et révoltant ».
    Depuis les premiers cas de Sony France, 3M et Caterpillar en 2009, la presse souligne la multiplication des séquestrations et des menaces de « faire sauter » l’usine. La crise bien sûr, mais pourquoi des conflits de ce type ? Est-ce réductible à un comportement patronal local ? Au risque d’en faire des événements insolites dont on ne doit tirer aucun enseignement comme le suggérait le Président de la République en avril 2009 : « il y a des comportements d’un certain nombre de patrons qui sont inadmissibles, mais l’immense majorité des chefs d’entreprise souffre de la crise et se comporte formidablement bien ».
    Ramener ces conflits à la « nature » des salariés ou à la singularité du management local, voilà qui est bien simplificateur. Beaucoup de ces conflits surviennent sur des sites industriels appartenant ou travaillant en sous-traitance pour de grands groupes. La dureté de ces actions renvoie à l’injustice sociale des nouvelles hiérarchies productives que la financiarisation des entreprises a favorisées.
    Ces conflits reflètent la violence sociale imposée à ceux que le système considère « en bout de chaîne », à la périphérie de la périphérie.
    Ces personnes ne croient pas aux promesses de reclassement dans certaines localités déjà sinistrées depuis longtemps. Elles savent qu’elles ne retrouveront pas un emploi équivalent en termes de salaire et même pas de travail du tout, en dépit de toutes les promesses qui leurs sont faites. Lucides, ces salariés savent qu’avec une prime représentant 12 ou 18 mois de salaires ils ne pourront pas « s’en sortir ». Ils ne supportent pas que leur travail et leur vie ne valent que quelques milliers d’euros après avoir travaillé des années durant pour de grands clients industriels ou même au sein d’un grand groupe.
    Les représentants de l’Etat s’offusquent de ces accès de colère. Mais en plus des pertes d’emplois, l’autre question à laquelle les Pouvoirs publics devraient répondre est celle de l’inégalité de traitement des salariés licenciés selon la place de leur établissement dans les hiérarchies d’entreprises. Le droit n’a pas suivi l’éclatement du processus productif. Il est resté a minima alors que le système s’organisait en de multiples cercles concentriques autour des vrais maîtres du marché, ces grands groupes qui ont pu ainsi ponctionner une partie grandissante de la valeur créée en amont. Le droit entérine l’évolution des rapports de force au sein du système économique et participe à cette hiérarchisation.
    Goliath contre David
    Beaucoup de sites sont pratiquement sans indépendance industrielle et financière vis-à-vis de leur principal donneur d’ordre. Que celui-ci soit dans le même groupe ou qu’il soit extérieur, la marge conservée est essentiellement administrée par l’acheteur. Comme le note une étude récente de l’INSEE, dans l’industrie en trente ans l’évolution a été vers des établissements plus petits mais au sein d’entreprises plus grandes ! En d’autres termes une plus grande concentration du capital mais une plus grande dispersion des sites de production ou de services. L’établissement devient un sous-traitant (interne ou externe), sa raison d’être étant de permettre au « client » de remplacer des coûts fixes par des coûts variables.
    Continuité productive
    Ce processus d’éclatement productif a donc permis de renforcer considérablement la ponction de valeur ajoutée au profit des sommets du capitalisme :
    • Le donneur d’ordre gagne sur les deux tableaux : libre flexibilité des commandes et pression continue sur les prix d’achat.
    • Il administre de plus en plus les filières productives dont il a besoin pour ses ventes finales mais il a partiellement ou totalement débouclé les responsabilités sociales afférentes à son pouvoir économique.
    L’un des meilleurs exemples est celui de la filière automobile où jusqu’au rang deux des équipementiers le pouvoir du constructeur est quasi total. Mais que survienne un plan social parmi ceux-ci pour cause de pression sur les prix de revient ou baisse du carnet de commande, le « client » Renault ou PSA se défausse sans problème. Ce qui était dans le passé du ressort d’une seule et même autorité managériale se présente désormais sous la forme de concurrence marchande. On retrouve peu ou prou les mêmes mécanismes dans l’ensemble des branches et filières.
    Socialement, chacun pour soi !
    Le droit français est très limité en matière d’obligations des entreprises vis-à-vis de leurs sous-traitants. Celles-ci sont essentiellement financières et économiques, fort peu sociales (coresponsabilité sur le travail illégal par exemple) et elles s’arrêtent le plus souvent aux fournisseurs directs sans préoccupation à l’égard des niveaux « inférieurs ». L’imbroglio des sous-traitances en cascade permet le contournement des quelques lois protectrices et rend très difficile l’établissement des responsabilités partagées. Le long de ces filières, les dépôts de bilan, les plans de réduction des coûts et la recherche impénitente de gains de productivité sont donc les fruits de très paradoxaux mécanismes « concurrentiels ». Le pire étant le jeu des prix de cession entre filiales d’un même groupe.

    La logique voudrait que tous les salariés d’une même filière soient rigoureusement traités de la même manière en cas de coup dur, en faisant en sorte que les firmes qui in fine ramassent l’essentiel de la marge soient largement contributrices aux réparations des dégâts sociaux qu’elles provoquent. Mais le système actuel fait que sur ce point justement les principes de la libre concurrence, du chacun chez soi, retrouvent toute leur vigueur : le pollueur social n’est jamais le payeur. Les communautés d’activité n’incluent pas la responsabilité de toutes les entreprises partenaires.
    Absence d’équité de la loi
    L’inégalité tient tout d’abord aux effets de seuil : être ou ne pas être dans une entreprise de plus de 50 salariés ; être victime d’un plan de suppression d’au mois dix postes ou pas ; être ou pas dans une entreprise qui a les moyens ; être dans une activité maintenue au-delà du plan ou dans un établissement qui va être fermé ; être dans un groupe ou pas etc. A chaque fois la loi établie des frontières pour des procédures différentes.
    La validité administrative d’un plan social (qualité des reclassements internes ou externes, des formations, des aides individuelles diverses, etc.) s’apprécie normalement au regard des moyens dont dispose l’entreprise ou son groupe (article L.1235-10). Mais cette règle joue évidemment dans les deux sens. Une PME fournisseur a évidemment beaucoup moins de moyens que son donneur d’ordre pour assurer une politique d’aide et de reclassement. Les salariés dépendant d’un même processus de restructuration vont donc se retrouver avec un accompagnement très différent. C’est par exemple ce qui a déjà été évoqué dans le dossier sur la fermeture de la raffinerie Total de Dunkerque vis-à-vis de tous ses sous-traitants.
    Malgré la loi, il est d’ailleurs bien difficile d’obtenir qu’au sein d’un même groupe, les mesures sociales d’aide en cas de suppressions de postes soient les mêmes pour un siège social, un service commercial ou un site de production. Les élus des comités de groupe en savent quelque chose, quand ils demandent en vain que soit défini au périmètre global de la société un cadre unique d’engagements sociaux. Selon que vous soyez au centre ou à la périphérie du groupe, votre sort ne sera pas réglé de la même manière.

    Même si les difficultés d’un simple établissement ne suffisent pas à justifier des licenciements alors que son entreprise dans l’ensemble se porte bien, combien de licenciements sont ainsi régulièrement prononcés et passent à travers les mailles très larges du filet ?
    Le reclassement à 137 euros par mois en Tunisie
    Un plan social doit comporter des mesures précises susceptibles d’assurer le reclassement des salariés à l’intérieur du groupe auquel la société appartient. Oui mais… Non seulement l’emploi se fait de plus en plus rare mais surtout l’investissement des grands groupes sur le territoire français n’est pas toujours créateur d’emplois. L’obligation de faire des offres de reclassement au périmètre du groupe se traduit donc parfois par des propositions d’expatriation dans des pays à faibles salaires faute de poste disponible dans l’hexagone. Ce qui équivaut à envoyer aux salariés le message provocateur qu’ils sont « trop chers » pour le même travail.
    Les obligations faites aux entreprises, en matière de mesures sociales d’accompagnement, sont tellement relatives à la nature de l’entreprise qu’elles ouvrent un champ infini d’interprétation que le juge lui-même aura beaucoup de mal à traiter.
    La révolte des derniers de la liste
    Comprenant parfaitement qu’ils sont des laissés pour compte aux confins de l’accumulation des profits, ces salariés estiment qu’ils n’ont pas d’autre défense que d’aller au-delà d’une simple grève - d’autant moins efficace que leur activité est de toute manière interrompue. Le moins que les Pouvoirs publics puissent faire serait de respecter ce désespoir. Au lieu de s’attaquer à la cause de la révolte, ils dénoncent les révoltés. Pire, ils défilent à la télévision pour stigmatiser la désindustrialisation mais dénoncent le lendemain les victimes de celle-ci.

    Voir en ligne : http://www.apex.fr

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