Troisième semaine de grève dans les magasins Surcouf

Vendredi 23 avril 2010, par cclpv // Surcouf

"Boycottez Surcouf !" Devant l’entrée du magasin historique de la rue Daumesnil, à Paris, une trentaine de salariés interpellent les passants à l’aide de tracts et de messages au mégaphone. Une grande partie d’entre eux frappe avec énergie des bidons afin de faire le maximum de bruit devant les portes de la grande enseigne de matériel informatique. Impossible de ne pas entendre le tintamarre assourdissant des grévistes, qui porte jusqu’à plusieurs rues alentour. La plupart des clients, indifférents, continuent d’entrer dans le magasin pour effectuer leurs achats.

Cinq magasins Surcouf (Daumesnil, Haussmann, Strasbourg, Bordeaux et Thiais) sont en grève depuis le 31 mars contre le licenciement des employés qui ont refusé une modification de leur contrat de travail. Cette dernière révise le mode de calcul de la part variable des vendeurs, calculée en fonction de leurs ventes. D’après les syndicats, cette dernière induirait une baisse de salaire de l’ordre de 10 à 40 %, soit un salaire oscillant entre 1 200 et 1 600 €. La direction du groupe donne une version très différente : d’après leurs calculs, basés sur les résultats du mois de mars, les salaires des vendeurs s’étaleraient entre 1 900 et 2 700 €.

"La rémunération actuelle, basée sur le chiffre d’affaires, et non révisée depuis 15 ans, était inégale : un vendeur placé dans un rayon qui marche bien gagnait automatiquement plus que celui dans un rayon qui ne marche pas. Notre nouveau système est plus juste", affirme Vincent Arnault, directeur général du groupe Surcouf. L’argument ne semble pas avoir séduit. Sur les 310 salariés concernés par le nouveau système de rémunération, 179 refusent de signer l’avenant. Ils devront quitter le magasin.

SURCOUF MET LE CAP SUR LA VENTE DIRIGÉE

Surcouf, en difficulté financière, a été racheté l’an passé au groupe PPR (notamment propriétaire de la Fnac) par Hugues Mulliez, fils du fondateur du groupe Auchan, pour un euro symbolique. Hugues Mulliez, également à la tête de la chaîne de magasins informatique Youg’s, a souhaité aligner les conditions de rémunération des deux magasins, qui fusionnent sous la même enseigne. Cela inclut pour les vendeurs une part variable calculée non plus sur le chiffre d’affaires, mais sur la satisfaction client, basée sur des questionnaires que les clients devront remplir à la caisse, et de la marge des produits vendus.

"La vente dirigée, ce n’est pas de la satisfaction client", ironise Fatma Mahi, secrétaire du comité central d’entreprise de Surcouf et déléguée syndicale CGT. Pour obtenir leur prime, les vendeurs devront orienter la clientèle vers les produits qui rapportent le plus de marge au magasin, sur le modèle d’autres grandes enseignes de distribution. Au détriment des véritables besoins des acheteurs, jugent les grévistes. "On a été embauché pour vendre, pas pour voler le client", soupire un vendeur. "Surcouf avait sa touche personnelle, le conseil client. Auparavant, les vendeurs testaient et choisissaient eux-mêmes les produits à mettre en avant en fonction de leur qualité. Maintenant, c’est une centrale d’achat qui décide de tout", explique un autre gréviste.

NÉGOCIATIONS DANS L’IMPASSE

Selon les syndicats, il n’y a jamais eu de négociations avec la direction quant au contenu de l’avenant. "On nous a dit ’attention ce n’est pas une négociation, on vous présente le projet, vous signez ou vous ne signez pas’, explique Fatma Mahi. Nous avons fait des contrepropositions qui n’ont pas été étudiées car le projet était finalisé."

Les syndicats réclament un plan de sauvegarde de l’emploi "digne de ce nom" pour des salariés qui ont souvent plus de dix ans de maison. Or, "le plan est vide, sans aucun budget pour la formation. Il n’y a que quatre propositions de reclassement. Comme si pour la direction le Pôle emploi était suffisant", déplore Fatma Mahi. "Tout ce qu’on veut, c’est une formation avec un vrai budget, et un vrai reclassement dans le groupe Mulliez", enrage un gréviste. "Surcouf n’appartient pas au groupe Mulliez", réagit Vincent Arnault. "Nous n’avons aucun rapport avec eux. Les reclassements auront lieu au sein du groupe Surcouf", assure le directeur général du groupe.

Au troisième jour de grève, Hugues Mulliez a dépêché un médiateur, "alors que nous n’avons jamais rompu le dialogue", insiste la secrétaire du comité d’entreprise. Les discussions se soldent jusqu’à présent par des échecs. "C’est une négociation où la direction ne propose rien", explique l’intersyndicale FO-CFTC-CGT. Cette dernière avance de son côté la création d’une antenne emploi pendant un an, le paiement de la mutuelle pendant la même période, et une prime pour les salariés décidant de créer leur entreprise, en plus de l’indemnisation légale de licenciement.

MAUVAIS CHOIX STRATÉGIQUES

"Nous ne devons pas payer pour la mauvaise gestion de l’entreprise", juge une vendeuse en grève. Les grévistes évoquent une entreprise au fort potentiel, mais affectée par des mauvais choix stratégiques. Relations dégradées avec les fournisseurs, ruptures de stock, achats massifs de produits qui ne correspondent pas aux attentes des clients, et restent sur les bras des magasins... Nombre d’erreurs qui ont plombé les comptes de Surcouf. "Nous avons racheté Surcouf il y a un an au groupe PPR, nous n’allons pas commenter leurs décisions passées", répond Vincent Arnault.

Depuis vendredi 16 avril, les grévistes ont installé des tentes devant le magasin de la rue Daumesnil. Des employés de Strasbourg y ont passé la nuit ce week-end, et ont passé lundi le relai à leurs collègues parisiens. "Vous campez sur vos positions, nous campons devant Surcouf", résume Fatma Mahi. "Mercredi, cela fera trois semaines que nous sommes en grève, soit trois semaines de pertes de salaire. On ne fera plus demi-tour", explique un gréviste. Une autre vendeuse soupire : "La direction dialogue avec nous uniquement parce que l’on fait du bruit devant le magasin. Pour eux, nous ne sommes que des grains de sable dont ils se débarrassent... Nous, tout ce que l’on veut, c’est partir dignement."

Le Monde 20/04/2010


Le magasin Surcouf Daumesnil bloqué par les grévistes

Les négociations sont rompues." Les employés en grève du Surcouf Daumesnil ont entrepris de bloquer le magasin, jeudi 22 avril à 13 heures, après l’échec des discussions avec la direction. "Le médiateur, que nous avons vu lundi, nous a dit de lui laisser au moins jusqu’à jeudi midi. Depuis, pas de nouvelles. Il ne faut pas se moquer, explique Fatma Mahi, secrétaire du comité central d’entreprise et déléguée CGT. La direction ne prend pas ses responsabilités, alors nous bloquons le magasin."

Une cinquantaine de grévistes bloquent l’entrée du plus grand magasin du groupe Surcouf depuis le début d’après-midi. Les clients entrés avant le blocage ont pu finir leurs achats et ressortir. "Ce mouvement est non-violent, on fait en sorte que tout se passe bien", précise Laurent Dreno, délégué syndical CFTC. L’ambiance à l’intérieur du magasin est bon enfant, mais les grévistes sont déterminés à tenir. "Nous avons prévu les duvets, nous sommes prêts à passer la nuit dans le magasin", prévient Fatma Mahi.

Les employés de Surcouf sont en grève depuis le 31 mars à cause d’une modification de leur contrat de travail, dont le refus a entraîné le licenciement de 179 d’entre eux.

Le Monde 22/04/2010

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