Le secteur de la lingerie n’ en finit pas de lutter pour sa survie en multipliant les suppressions d’emplois

Jeudi 15 avril 2010, par nico // actualité générale

Le déclin de la fabrication de lingerie en France semble inexorable, comme son corollaire, la litanie des suppressions d’emplois dans ce secteur. Mardi 13 avril, au siège de Levallois-Perret, la direction du groupe DBA - qui détient notamment Dim, Playtex, Wonderbra, Lovable... - a annoncé lors de deux comités centraux d’entreprise la suppression de 142 postes sur 240 chez Playtex France. Ce qui passera par "un désengagement du site administratif de la Tour-du-Pin" (Isère) et la "reconfiguration" des forces commerciales. La direction de l’entreprise, qui appartient au fonds américain Sun Capital Partners, souhaite éviter tout licenciement sec en proposant d’importantes mesures de reclassement.

Le groupe DBA France, dont le chiffre d’affaires a chuté de 25 % en cinq ans à 725 millions d’euros fin juin 2009, ne compte plus aujourd’hui que 2 000 salariés. Ils étaient 5 000 en 1989. Acheté en 2006 par Sun Capital à l’américain Sara Lee, Dim a délocalisé au fil des années la quasi-totalité de sa production de lingerie en Roumanie. Si bien que sur son site historique d’Autun (Saône-et-Loire), ne sont plus fabriqués que des collants et des mi-bas. Cette usine reste toutefois le principal site de tricotage en France, avec "quelque 60 millions de paires de collants par an", précise François Riston, le directeur général de DBA France.

Régime sec

Chez Playtex, la lingerie, qui souffre d’une image vieillotte, est fabriquée dans des pays où la main-d’oeuvre est moins chère. M. Riston ne cache pas "la situation d’extrême difficulté" de cette marque, qui a perdu 7 millions d’euros en 2009, tandis que "Dim fait face à une érosion significative de ses résultats". DBA a cumulé 42 millions d’euros de pertes depuis mi-2006, dont 36 millions imputables à Playtex.

La direction préfère mettre DBA à un régime sec pour mieux se focaliser sur l’innovation technologique et la publicité, dont les dépenses devraient doubler en Europe d’ici à trois ans. Au grand soulagement des syndicats qui redoutaient un plan social chez Dim, le niveau d’emploi y sera maintenu et l’usine d’Autun devrait devenir "la tête de pont du groupe DBA en Europe, dans le cadre d’une organisation par métier et non plus par marque". Tout en continuant la production de collants, ce site, auquel sera ajoutée une centaine de machines, est appelé à devenir un centre de développement de produits (chaussant, lingerie, sous-vêtements pour hommes).

Les difficultés de DBA ne sont pas isolées. Lundi 12 avril, la direction de Lejaby a confirmé la fermeture de trois de ses quatre ateliers dans l’Hexagone - ceux de Bourg-en-Bresse et Bellegarde-sur-Valserine (Ain) et Le Teil (Ardèche), ainsi que la suppression d’un tiers de son effectif (197 emplois sur un total de 629). Racheté en 2008 par l’autrichien Palmers, Lejaby ne conservera donc plus que son siège à Rillieux-la-Pape (Rhône) et le site d’Yssingeaux, qui deviendra pilote en matière d’innovation.

"A ce jour, 30 % des volumes vendus par Lejaby sont encore fabriqués sur le territoire national, contre 5 % maximum pour la concurrence", explique la direction. En ajoutant : "Le coût minute de production est quatre fois plus élevé en France que dans les pays du Maghreb", ce qui "pénalise la compétitivité" de Lejaby. Arborant culottes et soutiens-gorge sur leurs vêtements, une centaine de salariées ont manifesté leur colère lundi devant le siège social, en brandissant sur les banderoles des "Non, à la disparition de notre savoir-faire" ou "Gardons nos emplois en France".

Aubade fait déjà fabriquer toute sa lingerie en Tunisie, dans les usines de sa maison mère, Calida, et a également licencié une centaine de salariées en France l’an dernier. Huit Diffusion, qui a repris Barbara, a été placé mi-février en redressement judiciaire.

Enfin, le sort assez ubuesque des chaussettes Olympia n’est toujours pas tranché. Condamnée à verser 2,5 millions d’euros d’indemnités pour avoir refusé de proposer un reclassement sur un site roumain à 47 salariés français licenciés en 2006, la PDG Catherine Rambaud avait dû déposer le bilan. Mardi, le tribunal de commerce de Troyes s’est donné jusqu’au 20 avril pour choisir entre trois offres de reprise.

le monde le 15.04.10

Dans l’UE, 1,5 milliard de slips et culottes importés
Déficit commercial. Les importations de lingerie féminine dans l’UE ont représenté 3,7 milliards d’euros en 2008, selon Eurostat. Vu les faibles exportations, le déficit commercial s’est élevé à 3 milliards d’euros en 2008. Les principaux fournisseurs sont la Chine, le Sri Lanka, la Tunisie et la Turquie.
Produits importés. En 2008, l’UE avait importé 550 millions de soutiens-gorge, 1,5 milliard de slips et de culottes, 312 millions de vêtements de nuit et 182 millions de maillots de bain.

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