Amiens : combat judiciaire inédit pour la La CGT Goodyear

Dimanche 21 mars 2010, par cclpv // Goodyear

Initiative inédite lancée par un syndicat, la CGT de Goodyear Amiens-Nord, qui conteste depuis trois ans la restructuration de l’usine, a demandé la nomination d’un administrateur provisoire face au « démantèlement » de la filiale française.

L’audience est prévue le 30 mars à 14 heures devant le tribunal de commerce de Nanterre.

La CGT, qui mène cette action aux côtés du comité central d’entreprise (CCE) de Goodyear Dunlop Tires France, appelle les salariés à un rassemblement ce jour-là devant le tribunal pour dire « stop aux délocalisations et à la casse sociale ».

La direction a déjà annoncé qu’elle apporterait au tribunal « les éléments qui démontreront la bonne gestion » de l’entreprise. La nomination d’un administrateur est « une mesure extrêmement rare, en cas de péril de l’entreprise, ce qui n’est pas le cas » ici, a souligné une porte-parole.

« Totalement inédit »

Mais l’avocat de la CGT et du CCE, Fiodor Rilov, s’appuie sur un arrêt de la cour d’appel de Paris remontant à 1965, concernant l’entreprise Fruehauf France (construction de remorques), à laquelle sa société mère américaine avait ordonné de rompre un contrat avec la République populaire de Chine, ce qui mettait la filiale française en péril. Un administrateur provisoire avait été nommé avant même sa paralysie.

Ce recours est « totalement inédit » de par ses initiateurs et au vu du contexte : « il s’agit d’essayer de freiner un processus qui vise délibérément à une dislocation de l’entreprise », selon Me Rilov, qui affirme que « la production a été vidée » et que « les salariés ont été mis dans une situation intenable ».

La direction française doit être « remplacée par un administrateur provisoire chargé de gérer la société dans l’intérêt de tous ceux qui y participent », a-t-il expliqué mercredi à l’Assemblée nationale aux côtés d’une quarantaine de salariés de l’usine de pneumatiques d’Amiens-Nord.

Le responsable CGT, Mickaël Wamen, estime que « le groupe peut maintenir l’emploi et le site », malgré la crise dans l’automobile qui affecte particulièrement les sous-traitants.

L’américain Goodyear a creusé en 2009 ses pertes nettes, qui ont atteint 375 millions de dollars, et annoncé que les économies allaient se poursuivre, après le sacrifice de 5.700 emplois l’an dernier soit 7,5% des effectifs.

« Le gouvernement peut faire pression sur le groupe »

La CGT d’Amiens-Nord, qui se présente comme « un village gaulois résistant à Rome et son Empire », refuse à ce stade de négocier des indemnités de départ comme les salariés de l’usine voisine de Continental à Clairoix qui a fermé début 2010.

Le député communiste dissident de la Somme Maxime Gremetz, qui la soutient, a estimé que « le gouvernement peut faire une pression sur le groupe », à la veille d’annonces de Nicolas Sarkozy en faveur de l’industrie.

Goodyear Dunlop emploie en France quelque 3.500 personnes.

Le dernier épisode judiciaire concernant le plan de restructuration de l’usine d’Amiens-Nord, prévoyant 820 suppressions d’emplois, date seulement du 27 janvier, avec un arrêt de la cour d’appel de Versailles qui a confirmé la suspension du plan.

Lors de l’annonce du plan, en mai 2009, la direction avait mis en avant le refus de la CGT, majoritaire, d’accepter en juillet 2008 « un plan de modernisation » et « une nouvelle organisation du travail ».

Le plan social est deux fois supérieur à une précédente restructuration qui avait également été contestée en justice et que la direction avait abandonnée au profit d’un plan plus important en raison de la crise économique.

La CGT prépare deux autres recours en justice, l’un sur des conditions de travail « ahurissantes », l’autre pour obtenir le retour de volumes de production.

Le Courrier Picard du 4 mars 2010

Répondre à cet article