Total : colère et refus des salariés

Lundi 8 mars 2010, par cclpv // Total

L’arrêt de la raffinerie de Dunkerque confirmée lundi par la direction de Total provoque la colère des salariés

Une grande banderole "Non à la fermeture de la raffinerie des Flandres" était déployée au pied de la tour Total, tandis que des salariés d’autres entreprises confrontées à des plans sociaux comme Philips Dreux, Teleperformance ou Goodyear, mais aussi des cheminots, des postiers, des délégations de Continental, Renault ou PSA étaient venus soutenir le personnel des raffineries Total.

Plusieurs centaines de manifestants, certains en bleu de travail, ont tenté de forcer l’entrée et ont été refoulés par les policiers. Leur colère a débordé, avec des bris de vitres.

Les syndicats parlent de provocation

Pour la CGT, "le projet de la direction d’aujourd’hui est une véritable provocation". Le syndicat, majoritaire dans le groupe, menace de saisir la justice car Total aurait "créé les conditions pour nous mettre devant les faits accomplis" d’arrêt de l’activité.

Pour le syndicat Sud, majoritaire à Dunkerque, "on ne veut pas de ces nouvelles activités, on est des raffineurs". Une assemblée générale des salariés de la raffinerie est prévue mardi.

Selon FO, "un avenir industriel pour la France, comme le veut le gouvernement, ce n’est pas un centre de formation ou de l’assistance technique".

Pour l’Unsa, "le gouvernement est en partie responsable puisque avec sa fiscalité sur les carburants il a favorisé le gazole et l’outil de raffinage n’est plus adapté".

L’amertume des salariés

"Les annonces de Total, c’est zéro", a estimé un syndicaliste CGT venu manifester lundi à la Défense, résumant le sentiment général chez les salariés de Total. "Tout ce qu’ils proposent, c’est une plateforme technique avec environ 200 emplois", a précisé Thierry Dufresne.

"Tout ce qu’on veut, c’est bosser et on a encore des moyens de pression pour les faire plier", a estimé pour sa part David Lenglet, 32 ans, en charge de la sécurité des installations à Dunkerque.

"L’école de formation, on nous a déjà dit ça le 1er février, mais on n’est pas des formateurs nous, on est des raffineurs", s’exclame Joël Bouret, 27 ans d’ancienneté au compteur de Total. "Et le centre technique, cela veut dire passer 70% de notre temps en déplacement, loin de nos familles, on ne veut pas de ça", poursuit-il.

On sent certains de ses collègues prêts à craquer. Comme Vincent Wiesbecker, "très en colère" et qui ne mâche pas ses mots. "On se fout de notre gueule depuis six mois, jusqu’ici on a rien cassé, on respecte notre entreprise, mais vu comme on nous traite, on va changer de ton". "Ce qu’on veut c’est un vrai projet industriel pérenne, comme l’a garanti le ministre (de l’Industrie) Christian Estrosi".

La raffinerie de Dunkerque sera fermée et reconvertie
La direction de Total a confirmé lundi la fermeture de la raffinerie des Flandres à Dunkerque, tout en assurant que les 370 emplois seraient maintenus.

"Total ne licencie personne", a affirmé le directeur du raffinage Michel Bénézit, en précisant le groupe n’avait pas d’obligation légale vis-à-vis des 400 à 450 salariés des sous-traitants.

La raffinerie elle-même serait reconvertie autour de trois activités : un centre d’assistance technique aux opérations de raffinage (180 personnes), un centre de formation (25 personnes) et un dépôt logistique (15 personnes).

En outre, 80 postes seront proposés aux salariés dans d’autres raffineries du groupe, 30 dans d’autres structures de Total et 20 personnes pourront bénéficier d’une "fin de carrière anticipée".

Annonces faites alors qu’un comité central d’entreprise se tenait au siège de Total, concernant la fermeture de sa raffinerie des Flandres, que les syndicats, craignant pour les emplois, menaçaient d’une nouvelle grève. La réunion, initialement prévue le 29 mars après les élections régionales, avait été avancée à lundi sous la pression conjuguée fin février des salariés et du gouvernement.

En ce qui concerne le terminal méthanier, le projet sera porté par EDF, Total s’associant à hauteur de 10%, sur un un milliard d’euros, selon le quotidien Le Télégramme. Il permettrait la création "d’une cinquantaine d’emplois directs" à l’horizon 2014, selon la direction de Total.

Appel à la formation d’un comité de soutien national

L’intersyndicale a lancé dimanche un appel à former un comité de soutien national, qui a reçu plusieurs centaines de signatures, dont celles de Carême Damien, maire PS de Grande-Synthe, Jean-François Caron, maire (Europe écologie) de Loos-en-Gohelle, ou Michelle Demessine, sénatrice PCF du Nord.

Le conflit Total est devenu "emblématique du combat contre le chômage et les licenciements", affirme le texte.

Les employés de Dunkerque, dont l’activité est en arrêt provisoire depuis septembre, sont en grève depuis près de deux mois, et occupent les locaux administratifs du site depuis le 16 février. En soutien, les salariés de l’ensemble de la branche raffinage, inquiets d’un possible "désengagement" du groupe pétrolier de l’activité en France, étaient entrés le lendemain en grève durant une semaine.

"Si nous faisons le constat que les engagements pris par Total et le gouvernement pendant le mouvement ne sont pas respectés, alors la grève redémarrera", a prévenu Charles Foulard (CGT).

Réactions politiques

Pour le PS, "sans projet de substitution" l’intention de Total de fermer la raffinerie est "inacceptable". Il appelle le gouvernement à "passer aux actes".

Pour le socialiste Daniel Percheron, candidat à sa succession à la présidence du conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et Pierre de Saintignon, tête de liste dans le Nord, les annonces faites lundi par Total sont "des leurres malhabiles qui cachent simplement une seule réalité : l’absence de tout projet industriel et l’abandon d’un territoire et de ses habitants par l’entreprise la plus riche de France". Ils proposent notamment "l’organisation d’une Grande conférence régionale sur l’industrie dans le Nord-Pas de Calais, n’imaginant pas que l’Etat puisse refuser de s’y impliquer".

Les Verts de Dunkerque jugent que les annonces faites lundi par Total "ne résolvent en rien la casse, tant sociale qu’économique, qu’entraînera l’arrêt de l’activité de raffinage sur le site de Dunkerque (...). L’investissement de Total dans le projet de terminal méthanier dans la riche zone naturelle du Clipon enfoncera bien davantage encore l’agglomération dans un mal développement économique et écologiquement insoutenable".

Valérie Létard, secrétaire d’Etat aux Technologies vertes et candidate de la majorité présidentielle aux régionales dans le Nord/Pas-de-Calais, souhaite "en attendant le développement concret d’un projet industriel qui prendra plusieurs années, le maintien (de la production de produits pétroliers non-essence) à titre transitoire (...). Ce sera, pendant cette période de transition, la garantie d’une activité industrielle et portuaire significative sur le site".

france2.fr 08/03/2010

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