Total : les raffineries à l’arrêt

Vendredi 19 février 2010, par cclpv // Total

Associated Press | 19.02.2010 | 16:23

Des "manoeuvres d’arrêt" étaient enclenchées vendredi dans toutes les raffineries Total en France, après la décision des salariés d’entamer une "grève illimitée" en soutien à la raffinerie de Dunkerque, menacée de fermeture. Le gouvernement tente de rassurer sur une éventuelle pénurie de carburant tout en pressant le PDG du groupe pétrolier de s’exprimer "rapidement" face au risque d’extension du conflit.

Dans un communiqué, Total a assuré vendredi qu’il "assurera la pérennité" de la raffinerie de Dunkerque, "en garantissant à chaque salarié un emploi chez Total correspondant à ses compétences". Le groupe affirme qu’il n’y aura "aucun licenciement" et s’engage "à faire preuve de responsabilité à l’égard du ports de Dunkerque et des entreprises sous-traitantes", soit des engagements déjà pris à l’occasion du comité central d’entreprise du 1er février.

Enfin, la direction tient à "confirmer qu’aucune autre raffinerie du groupe en France n’est concernée par un projet de fermeture" et que "le raffinage est et restera au coeur" des activités de Total.

Face à la grève illimitée dans toutes les raffineries du groupe, l’Union française des industries pétrolières (UFIP) a tenu à souligner que Total ne possède que la moitié des raffineries en France, 41 dépôts de carburant sur quelque 160 et un quart des stations-service. Selon elle, le pays dispose d’"au moins" dix jours de stock de carburant.

Reste que la CGT, à la pointe du mouvement, menace de généraliser le conflit à toutes les raffineries de France -quel que soit le groupe pétrochimique. Le syndicat exige des garanties sur l’avenir de la filière et les emplois, de la part du patronat mais également du gouvernement.

Selon l’organisation syndicale, le problème ne se limite pas à la raffinerie des Flandres, menacée de fermeture et d’où est parti le mouvement mardi, mais à l’ensemble de la filière du raffinage.

"Le but, ce n’est pas tant d’être solidaire des Total -on l’est déjà- mais d’interpeller les pouvoirs publics concernant l’avenir de notre industrie", a déclaré à l’Associated Press Laurent Delaunay, délégué syndical de la fédération CGT des industries chimiques chez Exxon Mobil, où des menaces de grève planent déjà pour la semaine prochaine. Pour lui, "l’avenir du raffinage en France, personne ne peut dire ce qu’il est, mais il ne va pas dans le bon sens".

Une assemblée générale des syndicats CGT des industries pétrochimiques est prévue le 9 mars pour discuter d’une éventuelle grève générale dans les raffineries, selon la fédération CGT de la chimie.

A Total, la direction a confirmé que la grève dans les six raffineries que compte le groupe pétrolier en France s’était "durcie" vendredi et que "les manoeuvres d’arrêt ont été enclenchées" sur tous les sites.

La direction faisait état d’un taux de grévistes, parmi les personnels chargés du fonctionnement des raffineries, "supérieur" à la fourchette des 70% à 80% donnée ces deux derniers jours. Par ailleurs, selon Total, sept des 41 dépôts de carburants du groupe étaient également touchés par la grève.

Un comité extraordinaire européen est prévu le 18 mars sur la situation du raffinage en Europe, puis un comité central d’entreprise le 29 mars. Chez Total, la CGT réclame notamment que la date du CCE soit avancée, ainsi que des "engagements" de la direction concernant la pérennité industrielle du raffinage.

Dans ce contexte, la ministre de l’Economie Christine Lagarde se veut rassurante. "Il n’y a pas de risque de pénurie dans le court terme (...) Ce n’est vraiment pas un argument qu’il faut utiliser", a-t-elle expliqué vendredi sur France Info.

Et sur le plan social, si Total "devait envisager de supprimer des emplois", l’entreprise "serait soumise à des obligations très fortes de revitalisation du territoire", a-t-elle assuré. Elle a par ailleurs rappelé que le groupe "a pris des engagements vis-à-vis du gouvernement pour remplacer (...) de l’activité là où elle serait amenée à en supprimer".

Le gouvernement semble toutefois inquiet de l’ampleur prise par ce conflit et de son éventuelle extension. Vendredi matin, le ministre chargé de l’Industrie Christian Estrosi s’est ainsi entretenu avec le PDG de Total, Christophe de Margerie, lui demandant selon un communiqué de Bercy de "rassurer très rapidement les salariés de ses raffineries".

lenouvelobs.com
le 19 février 2010

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