Un point sur la grève des travailleuses et travailleurs sans papiers

Mardi 16 février 2010, par cclpv // Sans-papiers

Le samedi 13 février, quelque 3500 personnes ont manifesté à Paris, de Montparnasse au siège du MEDEF, pour la régularisation des travailleurs sans papiers.

photos de la manif

Il faut rappeler que cette deuxième vague de grève vient après une première en 2008, dont la CGT avait pris l’initiative, et qui avait arraché 2800 régularisations – suivies d’un blocage du gouvernement qui a motivé cette nouvelle grève.

Ce n’était pas la première manifestation de ce mouvement 2009-2010. Depuis plus de 4 mois que ce mouvement de 6000 grévistes a commencé, à l’initiative de onze organisations syndicales (CGT, SUD, FSU, CFDT et UNSA) et de 6 associations (RESF, LDH, Cimade, Femmes égalité, Autremonde et Droits Devant), les grévistes qui depuis des années souvent sont salariés dans le bâtiment, la restauration, le nettoyage, l’intérim ou l’aide à la personne (qui ont pour la plupart des fiches de paye mais pour d’autres travaillent totalement « au noir »), ont multiplié les manifestations, rassemblements, meetings ou réunions, occupations de sites ou agences d’intérim.

Pour récupérer les fonds nécessaires à faire vivre la grève, ils se sont adressés à d’autres travailleurs à la porte d’entreprises, ou à l’ensemble de la population sur les marchés ou stations de métro de quartiers populaires. Malgré cela, leur mouvement, décidé et tenace, souffre d’un certain isolement.

Le 24 novembre, après plus d’un mois de grève, le ministre de l’Immigration Eric Besson a proposé un texte reconnaissant à sa façon la possibilité de régularisation par le travail, mais à des conditions jugées inacceptables par l’ensemble des grévistes et des « Onze ».

Le mouvement a donc continué, mais s’est adressé au ministère du Travail. Une façon d’affirmer que les travailleurs sans papiers sont des salariés comme les autres, qui bossent ici, vivent ici, doivent pouvoir rester ici, s’organiser et défendre leurs droits. C’est donc au ministère du Travail de répondre à leur revendication de régularisation.

Lors d’un meeting organisé à la Halle Carpentier à Paris le 14 décembre (voir photos), qui a rassemblé 3000 grévistes, dont des centaines de travailleuses et travailleurs chinois, un nouvel objectif a été fixé pour le mouvement : aller chercher auprès des patrons des « cerfas » (formulaire officiel de contrat de travail pour ceux qui n’ont pas la nationalité française, qui témoignent que les patrons utilisent des travailleurs sans papiers et sont prêts à les embaucher).

Jusque-là cela dit, pas question pour les grévistes et les « Onze » qui les soutiennent de déposer des dossiers de régularisation. Par la collecte des cerfas, il s’agit de faire pression sur le gouvernement et d’obtenir de lui une circulaire valable pour tous.

- le 30 décembre, 2000 personnes se sont rassemblées devant le ministère du Travail.

- le 6 janvier, une galette des rois de solidarité a été organisée sur un piquet du bâtiment, au siège du FAF.SAB (organisme chargé de la formation professionnelle dans le BTP), entre grévistes et personnalités qui les soutiennent, dont Josiane Balasko, Lilian Thuram, Juliette Binoche, Guy Bedos et de nombreux autres.

- le 13 janvier, une conférence de presse a été organisée à l’Assemblée nationale, car sur le site de rénovation de ladite assemblée, des sans papiers avaient travaillé entre 2005 et 2007. Certains étaient présents, avec leur badge « Bouygues » d’accès sécurisé.

Le gouvernement n’hésite pourtant pas à faire donner la police pour évacuer des piquets. Une menace pèse aujourd’hui sur un gros piquet de grève du bâtiment, celui précisément auquel des personnalités avaient apporté leur soutien, 8 rue du Regard au Métro Saint-Placide.

Ce mouvement est une « première » dans le pays. Des grèves de travailleurs sans papiers, sur quelques dizaines de restaurants ou sites de nettoyage ou bâtiment avaient déjà marqué l’actualité en 2008. Cette fois-ci, le mouvement est à une bien plus grande échelle. Il a été d’emblée organisé par grands secteurs (nettoyage, bâtiment, restauration, intérim).

C’est la première fois en particulier que des intérimaires sont en si grand nombre en lutte – 1500 grévistes, qui ont commencé par se regrouper sur de gros piquets, tels l’agence Synergie, puis Ranstad près de la gare Saint-Lazare, avant d’en être expulsés et d’y répondre par l’occupation de nouvelles agences. Les grévistes, notamment avec l’appui de la CGT de l’intérim, continuent d’organiser le pointage, de se réunir en assemblées et comité de grève.

Malgré les difficultés, le mouvement continue. Le problème reste posé au gouvernement et au patronat de la régularisation des travailleurs sans papiers. Il est intolérable que ces 200 000 à 400 000 salariés (selon des estimations gouvernementales) qui travaillent ici depuis des années, bien connus de leurs patrons qui savent en tirer de gros bénéfices, soient contraints à vivre en partie dans l’ombre – à la merci de n’importe quel contrôle policier. Leur régularisation ne peut qu’améliorer par le haut les conditions de salaire et de travail de tous.

Informations transmises par des grévistes du comité de l’Intérim
lundi 16 février 2010


- A lire : un article du Nouvel Obs sur la manifestation du 13 février

Répondre à cet article