De 40.000 à 50.000 emplois sont menacés chez les équipementiers automobiles francais

Jeudi 11 février 2010, par cclpv // actualité générale

Les fournisseurs automobiles installés en France, qui ont déjà supprimé près de 35.000 emplois en 2009, vont continuer à réduire massivement leurs effectifs, selon le rapport établi à la demande du ministre de l’Industrie, Christian Estrosi. Les syndicats s’attendent à une seconde vague de conflits sociaux durs, comme chez Molex ou Continental.

Les fournisseurs automobiles établis en France ont beau avoir déjà supprimé massivement des emplois en 2009, le travail de restructuration est encore loin d’être achevé. La filière pourrait encore réduire ses effectifs de 40.000 à 50.000 personnes dans les deux années à venir dans l’Hexagone, d’après le rapport établi fin novembre dans le cadre de la commission pour le soutien aux sous-traitants, réunie par Christian Estrosi.

Un dossier embarrassant sur le bureau du ministre de l’Industrie, qui vante plus volontiers les records de ventes liés à la prime à la casse que le retour de bâton qui suivra dans les prochains mois. « Le marché automobile est encore dans la queue de comète de la prime à la casse. L’atterrissage, qui devrait intervenir à partir du mois de mars, se répercutera forcément sur l’emploi », anticipe un proche de la commission.

Le calcul des experts qui ont travaillé pour le ministre de l’Industrie se base sur un sondage auprès des professionnels du secteur, en particulier les équipementiers de rang deux ou plus, nombreux et positionnés sur des segments très divers. Il en ressort que les sureffectifs atteignent actuellement 25.000 emplois pour la sous-traitance et 14.000 pour les équipementiers de rang un, c’est-à-dire ceux qui traitent directement avec les grands constructeurs. En ajustant le calcul par rapport à l’évolution à venir de la production automobile tricolore et les éventuels efforts de productivité, le groupe de travail tombe même sur une estimation de 40.000 à 50.000 emplois en trop.

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les sureffectifs supposés chez les équipementiers

Cette étude permet de mesurer l’ampleur des dégâts en termes d’emplois sur un secteur de la sous-traitance très éclaté. « On n’entend pas forcément parler d’une entreprise de 30 salariés qui ferme, mais cela fait quand même 30 emplois au tapis », regrette Gabriel Artero, président de la CFE-CGC-métallurgie. L’ensemble des fournisseurs n’employaient plus en France que 265.000 personnes à fin décembre, soit 35.000 de moins qu’en 2008 et 55.000 de moins qu’en 2005. La commission propose quelques remèdes, notamment celui d’accompagner les PME à l’exportation, ou de les aider à s’adapter au « lean management ».

Suppressions progressives


Au-delà de quelques conflits très médiatisés comme Molex ou Continental, presque toutes les entreprises ont réduit leurs effectifs, que ce soit par le biais de plans de départs ou de fermetures de sites. Plus de 1.600 personnes chez Valeo, 1.215 chez Faurecia, 1.300 chez Plastic Omnium ou encore 2.000 chez Michelin…

Les grands groupes français ont privilégié pour l’instant les départs volontaires, même si certaines unités sont vouées à disparaître, comme celle de Sandouville pour Plastic Omnium ou le site de Noyelles-lès-Seclin de Michelin. Placé sous la protection du chapitre 11 aux Etats-Unis, l’américain Visteon a déjà réduit ses effectifs en France de 6 %, à près de 2.600 employés, et d’autres suppressions sont à venir, notamment à Gondecourt et sur le site Renault de Flins.

Chez ThyssenKrupp Sofedit, les coupes ont été plus franches : la filiale du sidérurgiste allemand a vendu deux usines, en a fermé deux autres et a transféré son siège social, ce qui, d’après les syndicats, s’est traduit par des baisses d’effectifs de près de 1.000 personnes sur un total de 2.700.

Faibles ou inexistantes augmentations de salaires, malaise lié à l’incertitude sur l’avenir de la filière, craintes que ce ne soit pas la France qui bénéficie des investissements technologiques…
Autant d’éléments qui poussent Gabriel Artero à dire que « les ingrédients sont de nouveau réunis pour que des conflits explosent ici ou là et soient de nouveau très médiatisés.

En ce moment, on dit aux DRH que ça commence à bouillir dans la marmite », résume-t-il. D’après la commission Estrosi, toutes les branches, à l’exception de la forge, devraient être touchées. Dans les moules et outillages, sept emplois sur dix pourraient disparaître en deux ans. Dans le caoutchouc, les sureffectifs sont estimées à 5.300 postes sur un total de 46.500.

Alors que des inquiétudes planent sur le site Bosch de Vénissieux (lire ci-dessous), des fermetures ne sont désormais plus exclues chez Valeo : « Le directeur général Jacques Aschenbroich avait garanti qu’il ne fermerait pas de site en 2009. Mais il n’a pas été en mesure de renouveler cet engagement en 2010 », explique Jean-Paul Laurin, coordinateur CFE-CGC au sein du groupe.
D’après lui, l’usine de Nogent-le-Rotrou, spécialisée dans les climatisations, serait particulièrement menacée, compte tenu de la baisse de ses productions. Chez Goodyear, le plan social lié à l’arrêt de l’activité sur le site d’Amiens Nord, où travaillent près de 800 personnes, devrait être engagé dans les prochains mois.

INGRID FRANCOIS
Les Echos - 8 février 2010


Réorganisation en vue chez Valeo

Après un plan de départs de 5.000 personnes dans le monde, Valeo va annoncer cette année une nouvelle réduction de ses effectifs liée à une réorganisation. Les onze branches du groupe seront regroupées en trois pôles. La structure actuelle, qui date de plus de vingt ans, a pour défaut d’engendrer des frais généraux et des investissements trop élevés. « Cette réorganisation touchera surtout les fonctions administratives et les cadres dirigeants », note Jean-Paul Laurin, coordinateur CFE-CGC chez Valeo. Les négociations avec les syndicats devraient s’ouvrir d’ici à la fin du mois de mars.

Les Echos - 8 février 2010


L’usine Bosch de Vénissieux de nouveau sur la sellette

En 2009, le numéro un mondial des équipements automobiles a réduit ses effectifs de 400 à 500 personnes en France. Plus de 500 nouveaux départs pourraient intervenir dans les prochains mois.
On ne peut pas reprocher à Bosch de faire des licenciements boursiers, puisque le groupe familial appartient à une fondation. Mais quand il s’agit d’ajustements structurels, le leader mondial des équipements automobiles n’hésite pas à tailler dans ses effectifs. Le groupe compte près de 11.000 salariés de moins dans le monde que l’année dernière. Bien implanté dans l’Hexagone, il y a réduit son périmètre de 400 à 500 collaborateurs, si bien qu’il n’y emploie plus que 9.000 personnes.

Le chiffre d’affaires des activités automobiles a en effet chuté de 18 % l’an passé dans le monde. « En France, la baisse est plus accentuée parce que nous n’avons pas bénéficié du rebond en Chine et en Inde », explique Guy Maugis, président de Bosch France. La quasi-totalité des effectifs a connu le chômage technique dans les usines automobiles françaises, pendant une durée allant jusqu’à trois semaines pour certaines unités.

L’usine de Beauvais a subi les conséquences d’un changement de cap dans les systèmes de freinage. Bosch estime qu’il est trop difficile de se différencier de ses concurrents dans ce métier et veut réduire la voilure. L’usine picarde, qui employait 240 personnes il y a un an, devrait fermer ses portes en milieu d’année. Même sort pour la petite unité de Pont-de-l’Arche, près de Rouen, où 70 employés fabriquent des cylindres de roue.

Productions alternatives

Mais les restructurations ne sont pas achevées et plus de 500 départs pourraient intervenir dans les prochains mois. Des plans de retraite anticipée sont notamment prévus à Mondeville, dans le secteur électronique, et à Onet-le-Château, près de Rodez, une importante unité de production de Bosch en France, qui vient pourtant de bénéficier de nouveaux investissements.

Quant au site de Vénissieux, sa pérennité n’est toujours pas assurée. L’usine emblématique, parce que les salariés avaient accepté d’augmenter leur temps de travail sans gagner plus, souffre d’une baisse de chiffre d’affaires de 40 % par rapport à 2008. Les systèmes d’injection qu’elle fabrique ne correspondent pas aux futures normes de gaz d’échappement. Faute de repreneur pour l’instant, Bosch doit voir d’ici à la fin du mois d’avril si l’usine peut fabriquer d’autres produits, sans quoi la fermeture sera inévitable. Les syndicats se disent prêts à monter au créneau pour un site qui a consenti à sacrifier des acquis. « Mais quand on se retournera, on nous répondra que le pouvoir de décision n’est pas en France, mais en Allemagne », souligne Gabriel Artero, président de la CFE-CGC métallurgie.

Les Echos - 8 février 2010

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