Goodyear Amiens : la difficile équation des reclassements

Mardi 28 octobre 2014, par lohann // Goodyear

Huit mois après la fermeture de l’usine, les ex-Goodyear peinent à se reclasser. La reprise de l’activité agraire par Titan reste indécise.

Ils sont bien décidés à ne rien lâcher. Huit mois après la fermeture de leur usine, les ex-salariés de Goodyear poursuivent leur bras de fer avec la direction du groupe pneumatique. Fin septembre, ils étaient 250 personnes à bloquer la zone industrielle nord d’Amiens. Une action choc, suivie, le 3 octobre dernier, par un rassemblement à l’occasion d’une réunion de conciliation entre direction et syndicats, menée par le tribunal des prud’hommes d’Amiens. Quelque 600 des 1.173 salariés licenciés entendaient faire reconnaître l’absence de motivation économique, lors de la fermeture de l’usine, et obtenir des indemnités. Si, sans grande surprise, cette première étape de médiation a échoué, elle a une nouvelle fois permis à la CGT de démontrer que sa capacité de mobilisation restait forte. Relayé via Facebook et les réseaux sociaux, le conflit fait encore régulièrement la une du « Courrier picard », le quotidien local, au grand dam des pouvoirs publics locaux, soucieux de préserver l’image de la ville. Nicole Klein, la nouvelle préfète de Picardie, estime ainsi que ce climat est de nature à dissuader d’éventuels investisseurs. « Je comprends les inquiétudes des salariés sur leur avenir, mais nous devons nous tourner vers l’avenir et tout mettre en œuvre pour leur permettre de retrouver un emploi  », ajoute Nicole Klein. Les chiffres sont terribles. A en croire les statistiques de la CGT, une quarantaine de personnes seulement auraient, à ce jour, retrouvé un emploi. La direction répond qu’il a été possible de trouver une solution pour 168 personnes : une soixantaine ont un nouvel emploi, une trentaine ont créé leur propre entreprise et les autres ont pris leur retraite. « Nous savons que retrouver du travail sera très difficile pour nous. Mais au bout de huit mois, rien n’a avancé et nous demandons une prolongation de six mois du congé de reclassement  », se désespère Franck Jurek, secrétaire adjoint (CGT) du CE.

Un contrat de revitalisation de 6 millions d’euros

Dans la ligne de mire des ex-salariés, le cabinet Sodie, chargé du reclassement, qu’ils jugent inefficace. « On peut en effet parfois s’interroger sur le rôle de ces cabinets. Il n’en reste pas moins que, comme pour Gad en Bretagne, la véritable question posée avec Good­year est celle de notre capacité à recréer de l’emploi pour des salariés peu qualifiés ou rencontrant des problèmes de mobilité », analyse la préfète de région. Un contrat de revitalisation de 6 millions d’euros a été signé mi-septembre avec les services de l’Etat. Juridiquement, les fermetures de sites de plus de 1.000 emplois doivent donner lieu à une convention de ce type. Elle prévoit notamment l’octroi de subventions ou de prêts à la création d’emplois ou à toute autre action susceptible de développer l’économie locale. Sans oublier un accompagnement de projets de TPE et PME. L’enveloppe équivaut à quatre fois le SMIC par emploi supprimé, martèle la direction de Goodyear, qui souligne que c’est bien au-delà du minimum légal de deux SMIC. Sur le terrain, les salariés attendent surtout des nouvelles des négociations entre le gouvernement français et l’américain Titan, candidat pressenti à la reprise de l’activité agraire. A l’issue d’une série improbable d’échanges avec Maurice Taylor, le patron de Titan, Arnaud Montebourg, l’ex-ministre du Redressement productif, avait annoncé une reprise partielle du site et le sauvetage de 330 emplois. Depuis, silence radio. Le ministère de l’économie, désormais en charge du dossier, suivrait pourtant l’affaire de près. « Nous avons encore fait le point la semaine dernière avec un conseiller d’Emmanuel Macron. Bien qu’attentif à la situation, le ministère ne peut toutefois pas intervenir dans une négociation entre deux partenaires privés, d’autant qu’aucun élément de ces échanges ne filtre », poursuit Nicole Klein. Selon les salariés, l’américain attendrait que les délégués du personnel soient définitivement licenciés pour déposer son offre. Ces licenciements ont été refusés le 3 octobre dernier par les services de l’Inspection du travail. L’attente risque de durer encore un peu. Le 3 octobre dernier, les services de l’Inspection du travail ont en effet refusé la motivation économique du licenciement des salariés protégés. Une décision sur laquelle les syndicalistes comptent s’appuyer pour faire pencher la balance en leur faveur lors de la prochaine audience des prud’hommes, prévue le 22 janvier prochain.

Le 28 Octobre 2014 - Les Echos

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