« Mon palace est un rapace », le cri des grévistes du Royal Monceau

Mardi 28 octobre 2014, par lohann // Royal Monceau

Comme une traînée de poudre, les mouvements sociaux se répandent d’un palace parisien à l’autre. Après la victoire fin septembre, des employés du Park Hyatt Vendôme puis de ceux du Park Hyatt Madeleine, c’est au tour de ceux du Royal Monceau Raffles de se mobiliser. La situation y est bloquée depuis le 2 octobre, date à laquelle 70 employés sur les 300 que compte le palace se sont mis en grève illimitée. Le tribunal de grande instance a désigné un médiateur, qui réunit ce mardi 28 octobre à 19 heures les représentants CGT des salariés. Mercredi, ce sera au tour de la direction de le rencontrer.

Les revendications de ces salariés - plongeurs, femmes de ménages - portent sur les salaires et les conditions de travail, notamment une augmentation du salaire horaire de 2 euros pour les employés et les ouvriers. Une somme obtenue par les grévistes des deux Park Hyatt. Propriété du fonds qatari Katara Hospitality, qui dépend du riche émirat du Golfe, l’hôtel Royal Monceau Raffles, où la nuit peut coûter jusqu’à 25 000 euros pour une suite, « a les moyens de payer ces 2 euros », clame une gréviste.

Devant l’hôtel, des drapeaux de la CGT ont été plantés dans les gros pots de fleurs, et sur des pancartes au sol, on peut lire, par exemple : « Mon palace est un rapace ». Selon Didier Del Rey, secrétaire général adjoint de l’Union syndicale CGT du commerce de Paris, le Royal Monceau serait l’hôtel de luxe où les femmes de chambre sont le moins bien rémunérées : « 1 450 euros net, plus un treizième mois contre 2 000 à 2 200 euros net et un quinzième mois au Georges V ». La CGT représente 37 % des voix aux élections du comité d’entreprise, la CFDT et la CGC se partageant le solde.

UN TAUX D’OCCUPATION DE L’HÔTEL DE 30 %

Le palace, qui a rouvert en 2010 après un lifting de deux années et une décoration griffée Philippe Starck, a obtenu son label « palace » en mars 2013. « Et ça, c’est grâce à nous, employés et ouvriers, qui avons trimé », fait valoir l’un d’eux, Mohamed.

Selon les salariés, le taux d’occupation est de 30 % actuellement, alors qu’il devrait être de 80 ou 90 %, selon la CGT. Le syndicat estime que jusqu’à aujourd’hui, l’hôtel a perdu 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les femmes de chambre, dont seules 4 sur une trentaine continuent de travailler, « ce sont les poumons de l’hôtel, insiste un salarié. Sans elles, il ne peut pas tourner. »

Le mouvement a commencé peu avant la fin de la Fashion week de Paris. « Si les salariés en sont arrivés à 27 jours de grève, c’est qu’ils ont de bonnes raisons, estime une cliente devant l’établissement. Je ne sais pas ce que fait la direction mais l’image de marque de l’hôtel en prend un coup. »

La direction craint-elle que si elle lâche, la poudre ne se répande dans d’autres établissements ? Les salariés de deux grands hôtels seraient sur le point de passer à l’acte, livre Didier Del Rey, sans vouloir donner les noms. Pour l’heure, la direction se contente de dire : « Nous sommes persuadés que, dans un climat apaisé, un accord sera trouvé dans les meilleurs délais ».

Le 28 Octobre 2014 - Le Monde

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