Mory Ducros : Arcole Industries menace de retirer son offre de reprise

Mardi 28 janvier 2014, par lohann // Mory Ducros

Le principal actionnaire de Mory Ducros, Arcole Industries, a menacé mardi de retirer son offre de reprise du transporteur de colis si les salariés en grève ne reprenaient pas le travail, à quelques heures du délai limite pour confirmer son intention de sauver l’entreprise en redressement judiciaire.

Dans un contexte tendu par le mouvement social sur plusieurs sites de l’entreprise, le ministère du Redressement productif a convoqué mardi soir une réunion nocturne à 21H30, en présence du ministre Arnaud Montebourg, avec les représentants syndicaux, a appris l’AFP de l’un des participants.

La grève s’est étendue lundi et mardi à plus d’une dizaines de sites du numéro 2 du secteur. Les salariés entendent ainsi protester contre la proposition de reprise faite par Arcole Industries qui doit être examinée vendredi par le tribunal de commerce de Pontoise (Val d’Oise). Même améliorée, l’offre du groupe industriel spécialisé dans la reprise d’entreprises en difficultés ne porte que sur 48 agences (sur environ 85) et 2.150 emplois sur plus de 5.000.

« La situation sociale au sein de Mory Ducros s’est très sérieusement dégradée dans la journée d’hier sur quelques sites essentiels au bon déroulement de l’entreprise », informe le président du directoire d’Arcole Industries, André Lebrun, dans un courrier daté de mardi et adressé à M. Montebourg.

L’exploitation est « à l’arrêt quasi total sur deux régions importantes, le Nord-Pas-de-Calais et la région lyonnaise » et le siège « dans l’incapacité de fonctionner », constatait M. Lebrun.

« Dans ces conditions, si la situation doit rester en l’état, notamment si la direction de l’entreprise reste paralysée, Arcole Industries sera dans l’incapacité de réitérer son offre dans le délai fixé par la procédure, soit avant ce soir minuit », a-t-il dit.

Dans son offre, le principal actionnaire de Mory Ducros avait posé plusieurs conditions suspensives, notamment que les salariés s’abstiennent de toute mobilisation sociale d’ici au 31 janvier et que l’entreprise conserve au moins 80% de son chiffre d’affaires à cette date.

A l’issue d’une négociation marathon menée sous la houlette de Bercy la semaine dernière, il a proposé de verser 7.000 euros d’indemnités supra légales à chaque salarié licencié. « Il était convenu de formaliser cet accord d’ici le 28 janvier, date limite de dépôt des offres », rappelle M. Lebrun.

« Les discussions menées depuis n’ont pas permis d’atteindre cet objectif », ajoute-t-il, évoquant une « ultime réunion » ce mardi.

Débrayages dans une quinzaine d’agences

« Pour l’instant, les discussions sont rompues mais on continue à travailler d’ici à minuit. Chaque minute ce dossier évolue, ça peut tourner dans un sens comme dans l’autre », a dit à l’AFP le porte-parole de la CFDT-Transports, Fabian Tosolini.

La CFDT juge l’offre améliorée d’Arcole, présentée jeudi en comité d’entreprise, encore très insuffisante.

Cependant, au sein de l’entreprise on s’inquiétait mardi soir : « Un retrait de l’offre d’Arcole précipiterait 5.000 salariés et 2.000 sous-traitants au chômage », a dit à l’AFP Denis Jean-Baptiste, secrétaire CFDT du Comité d’entreprise qui juge trop risquée, voire « irresponsable », la stratégie de la fédération CFDT-Transports. La fédération « joue avec l’emploi » en recherchant une meilleure indemnité « au risque de perdre l’offre d’Arcole », estime-t-il.

Le ministère du Redressement productif a annoncé qu’il travaillait « très activement à rapprocher les points de vue des organisations syndicales et des actionnaires ».

La CFDT et la CGT avaient dénoncé lundi un « chantage » d’Arcole Industries, qui avait démenti une menace de retrait de son offre.

La Fédération CFDT-Transports recensait à 16H00 des débrayages dans une quinzaine d’agences (sur environ 85), dont dix vouées à disparaître, comme le siège de Gonesse (Val-d’Oise).

Dans le Nord-Pas-de-Calais, les agences de Libercourt, Arras, Valenciennes et Lesquin étaient bloquées. « On est parti pour plusieurs jours », a dit un élu CFDT.

A Limeil-Brévannes (Val-de-Marne), agence sauvegardée mais qui doit passer de 185 à 65 salariés, quelques dizaines d’entre eux interdisaient les sorties de véhicules « parce qu’on est virés comme des malpropres », a dit à l’AFP Olivier François, délégué CGT avec 25 ans de « maison ». Comme dans les autres agences, les salariés réclament des indemnités supra légales « convenables, pas les 7.000 euros ».

La décision du tribunal de commerce devrait être mise en délibéré. L’avis des représentants du personnel doit auparavant être recueilli jeudi à l’occasion d’un nouveau comité d’entreprise.

Le 28 Janvier 2014 - Libération

Répondre à cet article